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LES FANTASMES

Le fantasme de la comédie française

Six histoires dans lesquelles des couples tentent d’explorer les faces cachées de leur vie intime à travers un fantasme très particulier…

Les Fantasmes film movie

Et vous, c’est quoi votre fantasme ? On est entre cinéphiles, en mode estivaux et détendus du slip, alors allez-y, lâchez-vous dans les commentaires de cette critique, et prenez donc cinq minutes pour nous dire ce qui vous excite le plus en matière de comédies françaises. En attendant, il nous en aura fallu quatre-vingt-dix-sept de plus pour synthétiser celui de la fratrie Foenkinos – David le romancier et Stéphane le réalisateur. A savoir une écriture comique proche d’un formatage télévisuel en accord avec les desiderata des producteurs (on sait déjà quelle chaîne diffusera le film en prime-time), conçue à quatre mains à partir d’un concept qui n’a été choisi que pour servir de carotte, et ramenée in fine à un étalage des pires lieux communs d’un art de la comédie hexagonale que l’on imagine encore coincé à la grande époque de Feydeau. On enjoint donc nos futurs spectateurs à se contenter d’observer attentivement (les acteurs et les actrices sur) l’affiche du film s’ils veulent trouver matière à fantasmer quoi que ce soit.

Il faut vraiment atteindre une extase digne de l’illumination spirituelle pour trouver ne serait-ce qu’un début de stimulation dans pareil navet. Quoi, on ne serait venu voir ce film que pour fantasmer sur les autres ? Non, bien sûr, mais au moins pour espérer y dénicher des stimulations comiques à partir des fantasmes les plus farfelus qui soient. Peine perdue : quand bien même chaque frisson sexuel tire ici son origine de six contextes bien ciblés (la mort, les larmes, l’abstinence, la sororité, l’exhibition, le déguisement), la brosse des Foenkinos Bros assèche vite la portée du délire à chaque entrée en matière de leurs six histoires, comme si retomber dans les schémas choraux et consensuels installés depuis vingt ans par Danièle Thompson devait être la règle.

Le meilleur exemple vient de l’intrigue choisie pour ouvrir les festivités : pour un récit amorçant le pimentage d’un couple par le biais du jeu de rôle (docteur, plombier, policier, etc…), le récit s’en détache très vite pour creuser la frustration d’un quidam désireux de troquer la réunionite pour le théâtre. Et ce n’est que le début d’un parti pris voué à se répéter. Un couple où madame grimpe au plafond dès que monsieur se met à chialer ? On s’en fout : ça compte moins que de s’intéresser à un clébard qui a fugué. Deux jeunes étudiants trouvent l’extase amoureuse dans le fait de ne pas avoir de rapports physiques ? Ah ben non, ce délire à base de tantrisme décalé sera toujours moins amusant à filmer qu’une beuverie entre ados qui se racontent leurs histoires de cul. On vous épargnera la suite.

Et les acteurs, alors ? Deux possibilités : soit le chèque était très conséquent, soit il y a des baffes qui se perdent. Voir tant de grands noms du cinéma francophile se fourvoyer dans un tel néant d’écriture, qui plus est avec un jeu d’acteurs réincarné en masterclass du minimum syndical (Nicolas Bedos mériterait un Gérard rien que pour sa façon de jouer les pleureuses !), ce n’est pas juste un facepalm en boucle, c’est un saut périlleux dans le malaise. Le pire, c’est qu’en plus de n’incarner rien d’autre que des coquilles vides débitant des inepties sous-écrites, leurs rares tentatives d’injecter de la subversion dans leur partition n’aboutit qu’à des schémas rances et déjà vieillots.

A titre d’exemple, le couple lesbien Bouquet/Bellucci, pris ici en flagrant délit de thanatophilie aiguë, n’arrive même pas à tutoyer le niveau d’un épisode moyen de "La Famille Addams". Sur un piège pareil, le casting sera bien plus perdant que le spectateur, et ça risque de ne pas aller en s’arrangeant – on souhaite désormais bonne chance à Karin Viard pour trouver autre chose que des rôles de MILF névrosées. C’est dire à quel point la comédie française, à son plus bas niveau, ne fait pas que bander mou : sa valise à fantasmes nous donne surtout envie de nous bander les yeux et les oreilles. Et quand on est cinéphile, ça fait mal.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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