LES CRIMES DU FUTUR

Un film de David Cronenberg

Un trop-plein d’explications

Alors qu’elle voit son fils dévorer peu à peu une poubelle en plastique dans la salle de bain, une femme décide de mettre fin à ses jours en étouffant celui-ci avec un oreiller. En pleurs, elle laisse dans la foulée un message à son mari, lui enjoignant de récupérer le corps de cette « chose » qu’ils appelaient leur enfant. Également désespéré, ce dernier va tenter d’entrer en contact avec deux artistes qui font de la génération de nouveaux organes par Saul Tenser et de l’extraction de ceux-ci par Caprice, sa compagne chirurgienne, un spectacle de type happening, une « performance »…

Les crimes du futur film movie

Autant dire que le nouveau film du canadien David Cronenberg, venu à Cannes respectivement en 2014 et en 2012 pour les dernières fois avec "Maps to the Stars" et "Cosmopolis", deux films avec Robert Pattinson, était attendu. Retournant cette fois ci à son genre de prédilection, la science-fiction, il livre un film dont l’ambiance décadente, représentant un monde à la fois futuriste et usé, pourra séduire, mais qui ne laisse pas assez de place aux non-dits ou à la suggestion. Pourtant l’auteur a placé son récit dans un univers où la modernité technique fait appel à des représentations connues, mécaniques, faites d’objets patinés, plaçant ainsi celui-ci sur une pente de perdition où l’évolution organique prend le dessus.

Les premiers plans du films, rougeâtres, semblent d’ailleurs nous plonger dans ces entrailles qui seront si importantes par la suite, entre celles de Saul Tenser qui formatent de nouveaux organes sans véritable contrôle, et celles de Beckman, le fils assassiné au début du film, dont la révélation pourrait bien enclencher une prise de conscience collective d’une évolution à grande échelle. Malheureusement si la mise en place et cet univers initial sont plutôt captivants, faisant appel à des formes organiques que le réalisateur chérit particulièrement (voir "Existenz"…), de la découverte du show du couple vedette, aux allures fantomatiques d’un Viggo Mortensen drapé tel la mort, en passant par l’étrange lit dans lequel il dort ou la chaise mouvante dans laquelle il se nourrit (sorte de combinaison d’os et de cartilages) le scénario s’enlise peu à peu dans ses propres concepts.

Derrière la très bonne idée de faire de l’humain celui qui consommera à termes ses propres déchets, on retrouve bien quelques unes des obsessions du metteur en scène, depuis les mutations, les difformités ("La Mouche", "Existenz"…) jusqu’à la question de la limite entre sexualité et douleur, ici au travers d’une chirurgie devenue scarification et source de plaisir ("Crash"…). Les trop nombreux dialogues, cherchant l’excès d’explications, mais aussi le manque d’action viennent gâcher quelque peu l’intrigue. Les apparitions récurrentes du représentant de la « Brigade » perdent ainsi en intensité, celle-ci restant désespérément en retrait. De même pour ces deux personnages du bureau d’enregistrement des organes nouveaux, dont Kristen Stewart semble être l’élément le plus instable, ou des deux techniciennes de la LifeFormWare, dont les agissements, pourtant déterminants, semblent désincarnés ou anecdotiques. On ressort ainsi du film avec la sensation d’un trop plein d’explications ou de réflexions philosophiques sur la place de l’Homme, son existence en l’absence de douleur, et autres considérations éthiques ou environnementales.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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