avec ou sans moustache

LE VOYAGE DU PRINCE

Une fable écolo élégante

Un singe âgé, prétendant être un Prince échoue sur un rivage inconnu, auprès d’une forêt enneigée. Recueilli par le jeune Tom, il est caché par ses parents, chercheurs, dans un musée, alors que ces derniers tentent de l’étudier en secret, espérant convaincre l’Académie, que l’existence d’autres peuples n’est pas une utopie…

L'auteur français Jean-François Laguionie, s'est vu remettre en juin dernier au Festival d’Annecy, un Cristal d'honneur pour l'ensemble de sa carrière, présentant au passage son nouveau film, "Le voyage du prince", qu'il a co-réalisé avec Xavier Picard, sorte de suite plutôt « libre » de l’un de ses plus gros succès : "Le Château des singes" (1999). Agé de 79 ans, il a remporta le Grand Prix du Festival d'Annecy en 1965 avec son court métrage "La demoiselle et le violoncelliste", avant de revenir en tant que membre du jury en 1966, puis en Compétition avec "Le tableau" en 2011, et enfin Hors compétition en 2016 avec "Louise en Hiver", portrait bouleversant d’une vieille dame au seuil de la mort, dans une station balnéaire déserte.

Mettant en scène un peuple refermé sur lui-même, dont la cité semble figée dans le temps (elle est envahie progressivement par la végétation), son nouveau film a pour personnage principal un vieux singe raffiné, s’amusant à jouer les êtres primitifs, afin de mieux observer la société qui l’entoure. Au fil du récit, "Le voyage du prince" se révèle être une fable assez passionnante sur le progrès, l'écologie, l'isolationnisme, et l'ignorance. Au prise avec un peuple qui a peur de la nature (la forêt qui les entoure étant finalement symbole de tout ce qui est « extérieur »), le Prince devra braver divers danger avant de découvrir la perspective d’un monde meilleur.

Tourné dans une animation traditionnelle, qui adopte le trait simple et les couleurs éteintes caractéristiques de certaines œuvres de Laguionie, est en partie conté en voix-off, livrant ainsi les pensées pertinentes du héros sur un monde dont certains traits ressemblent au notre, dans ses excès (urbanisation galopante, obsolescence programmée, racisme…), "Le voyage du prince" n’en apparaît pas moins au final comme une œuvre aussi poétique que conservatrice. L’idée du retour à la nature, base souvent d’immobilisme, est en effet souvent bien éloignée de toute forme de progrès social, et les réflexions philosophiques du Prince ayant vite leurs limites si on les rapporte à la complexité du monde actuel. Reste cependant une belle utopie : l’espérance en un dialogue et une compréhension, symbolisée par l’entraide entre les deux personnages principaux : le vieux Prince et le jeune Tom.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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