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LE MONDE APRÈS NOUS

Une digne évocation de la précarité

Jeune écrivain, Labidi, partage un appartement avec son ami Alekseï, dans lequel ils alternent pour l’utilisation du lit. Lors d’une visite dans le bar que tiennent ses parents, à Lyon, il aborde une cliente, Elisa, située en terrasse, lui inscrivant son numéro de téléphone sur une cigarette. Mais alors qu’il est en manque d’inspiration et d’argent, il se met à rêver de leur installation ensemble, allant jusqu’à choisir un appartement, hors de leurs moyens…

Le monde après nous film movie

Louda Ben Salah-Cazanas, ancien étudiant de Science Po, nous plonge pour son premier long métrage dans le quotidien d’un jeune parisien, à qui l’avenir semble sourire, le projetant initialement dans le monde de l’édition littéraire, alors qu’il décroche une avance sur la base d’un premier jet prometteur abordant la Guerre d’Algérie. Plutôt à l’aise, gentiment maladroit, le personnage de Labidi, interprété par Aurélien Gabrielli ("En équilibre", "Quand je ne dors pas") nous fait croire d’emblée à son emballement amoureux pour l’étudiante Elise, interprétée par Louise Chevillotte ("L’amant d’un jour", "Synonymes").

En quelques scènes, sa caméra, très mobile autour de ses personnages, parvient à poser la situation financièrement fragile dans laquelle le jeune homme se trouve : un petit vol permet d’agrémenter le repas de gnocchis passablement ratés, son pote débarque à l’improviste suite à un plan cul pas abouti (les obligeant à dormir à trois), un dialogue via textos qui s’affichent sur tout l’écran viennent renforcer l’aspect étriqué de l’appartement… Le début est plutôt charmant, doté d’un élan romanesque, avant que le personnage ne s’entête dans l’idée qu’ils doivent s’installer ensemble.

Et c’est au travers de cette seconde partie, démarrant comme une course aux petits boulots (de ceux qu’on cache aux connaissances d’un milieu différent, comme livreur express ou vendeur de lunettes converti au management dernier modèle…), que se dessine les contours d’une véritable précarité, qui va se heurter au rêve d’un nouvel appartement. Refusant cependant de verser dans l’accumulation de galères, Louda Ben Salah-Cazanas évite la descente aux enfers façon frères Dardenne, préférant donner à son personnage un courage suicidaire qui tantôt effraie tantôt amuse. Traduisant l’urgence par des choix judicieux (l’usage esthétique du contre-jour lorsqu’il sort de chez son agent, le montage plus serré alors qu’il revend des objets…), la spirale n’en est pas moins angoissante, posant la question inévitable : jusqu’à quand continuera-t-il à se mentir ?

On n’en dévoilera pas plus côté intrigue. Mais il faut bien avouer que l’aspect à la fois positif et mélancolique de cette première œuvre, séduit, entre personnages attachants et moments de véritable émotion. Une belle évocation de la précarité, affirmant autant de dignité que de volonté, au travers d’un personnage dépassé par sa générosité et son désir, fort bien écrit.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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