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LE DIABLE N'EXISTE PAS

Un film de Mohammad Rasoulof

Un kaléidoscope de personnages iraniens des plus efficaces

Iran. Après avoir retrouvé sa femme, professeure, un homme récupère également sa fille pour faire les courses. Mais une fois à la maison, celle-ci refuse de faire ses devoirs ou d’aider à s’occuper de la grand-mère peu mobile. La famille respire l’honnêteté. Mais chaque matin, le père se lève à 3 heures, pour se rendre dans un endroit froid, où il doit appuyer sur un bouton…

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Auteur iranien célébré, notamment pour "Un homme intègre", qui avait remporté le prix Un certain regard au Festival de Cannes 2017, Mohammad Rasoulof a été empêché par les autorités iraniennes de venir chercher son Ours d’or en février 2020 au festival de Berlin pour son nouveau film, alors intitulé "There is no evil". Il faut dire que le film se révèle être une peinture intense de l’attitude de quatre personnages face à une question traversant la société iranienne : celle de donner ou non, la mort. Tourné à la manière de quatre courts-métrages, afin d’éviter la censure, le film entrecroise donc quatre histoires, toutes reliées d’une manière ou d’une autre au thème de l’exécution. Et même si la dernière propose une sorte de variation, ce sont à la fois la morale portée par la société, l’humanité et ses arrangements, la présence ou l’absence de sentiment de culpabilité individuel, qui sont passés ici au crible de tranches de vies dépeintes avec minutie.

Après un premier segment qui se veut déroutant, faisant contraster quotidien familial et une fin qui tombe comme un couperet, les deux suivants viennent poser la question du libre arbitre et donc de la liberté de chacun, dans une société iranienne où la vie d’adulte indépendant ne semble commencer qu’après un service militaire long de 21 mois, lorsque l’homme reçoit enfin son premier passeport. Le deuxième fait ainsi le portrait d’un jeune conscrit confronté à l’ordre donné d’un acte qui le révulse, tandis que le troisième commence à offrir une ouverture, avec le portrait d’un jeune homme sur le point de demander sa fiancée en mariage et mis face à un choix impensable. Une échappée soudaine dans la ville sert de transition entre les deux, pour marquer un tournant dans le film, entre la représentation de ceux qui obéissent et de ceux qui ont choisi de résister au totalitarisme. Il en va ainsi du médecin qui est le triste héro du dernier segment, et qui, interdit d’exercer, fait la tournée des villages de montagne abandonnés. En toile de fond, Rasoulof parvient également à aborder de nombreux sujets, comme la condition de la femme, l’étouffante bureaucratie et l’aspect politique de la justice, tout en n’ayant pas son pareil pour dépeindre la tension ressentie par chacun de ses personnages. Une œuvre riche et complexe, dans laquelle l’humanité l’est toute autant.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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