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LAND OF THE DEAD

Un film de George A. Romero

Le retour du maître

Dans un avenir pas si lointain, une poignée de survivants barricadés dans une ville bunker vit encore dans le souvenir de l'ancien monde... Des zombies, qui désormais pensent et communiquent, s'organisent pour prendre d'assaut la ville bunker. Kaufman, autoproclamé chef des vivants, engage un commando de mercenaires pour contrer les attaques de ces morts-vivants d'un genre nouveau...

Vingt ans après Le jour des morts-vivants, Romero livre enfin le nouvel opus de l’œuvre de sa vie. Après avoir traité de l’intégration, du consumérisme et enfin du militarisme dans ses trois premiers épisodes, Romero revient une nouvelle fois autopsier l’Amérique moderne et ses contradictions via une métaphore sociopolitique toujours plus incisive. Land of the dead est ainsi un miroir impitoyablement lucide vis-à-vis de l’après 11 septembre. Dans un monde envahi par des zombies de plus en plus intelligents et organisés, les riches humains se réfugient dans une tour d’ivoire tandis que les plus démunis vivent difficilement à la périphérie, tous se protégeant derrière des palissades électrifiées les séparant des morts-vivants. Difficile d’y voir autre chose que l’Amérique de Bush, isolationniste, inégalitaire et belliciste.

Une Amérique qui contrôle le peuple en l’abrutissant, utilisant les zombies capturés comme des bêtes de foire. Ils sont un ennemi exploité, puisque permettant à une minorité d’humains de dominer la masse. Cet unilatéralisme est explicité d’une part par le personnage qu’interprète Dennis Hopper (clamant un « on ne négocie pas avec les terroristes » éloquent) et par le « Dead Reckoning », sorte de bus surarmé destiné à mener des expéditions punitives contre les zombies. Ceux-ci sont les indiens de ce western apocalyptique, contraints de prendre les armes pour survivre. Romero ajoute à cela un commentaire pertinent sur les minorités (le rebelle qui vole le « Dead Reckoning » est latino, le chef des zombies est noir…), ainsi qu’une dénonciation virulente de l’obsession pour l’argent, prolongeant les niveaux de lecture d’un scénario d’une densité rare, dont on pourrait énumérer les thèmes et réflexions encore longuement.

Si sa puissance métaphorique le hisse à des hauteurs insoupçonnables, Land of the dead n’oublie pas d’être aussi un grand film de genre. Brutal, sec et nerveux, généreux en scènes gore et sans concession, il met à l’amende les zombies sous amphétamines (sans âme et décérébrés) que proposaient 28 jours plus tard ou L’armée des morts. Le casting est également à la hauteur, même si le personnage d’Asia Argento aurait mérité traitement plus consistant. Ainsi quelques pistes narratives demeurent inexploitées, doléance à laquelle on ajoutera une fin un peu « douce ». Reste que Romero fait ici son retour par la grande porte, nous offrant l’un des meilleurs films d’horreur des années 2000, fort d’un ton anarchique infiniment précieux dans une époque de formatage en chaîne. Vivement le prochain !

Thomas BourgeoisEnvoyer un message au rédacteur

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