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LA SAINTE FAMILLE

Ce n’est pas du tout une comédie familiale

Jean vient d’une très vieille famille aristocrate catholique française. Sa vie s’organise autour des femmes : sa femme, Marie, qui veut le quitter, la mystérieuse Christine, qui veut le rencontrer, sa mère, qui tente de gérer le patrimoine, Bonne, sa grand-mère, qui n’a plus toute sa tête, et Marie-Laure, une cousine perdue de vue qui revient à Paris…

La sainte famille film image

L’argument vendant "La Sainte Famille" comme une comédie apparaît comme mensonger. Le film n’a rien de drôle, rien du tout. L’un des principes de base de la comédie, c’est son rythme. Une comédie se doit de pulser et d’être énergique. Ce n’est nullement le cas ici. Une comédie se construit aussi beaucoup autour de l’ironie dramatique, ce qui n’est pas le cas non plus. Ou autour du décalage, des personnages entre eux ou par rapport à un milieu, alors qu’ici tout fonctionne en vase clos. Et c’est bien là le problème.

Il s’agit en fait d’une chronique sur la vie d’une famille bourgeoise parisienne contemporaine. Et pas n’importe quelle famille bourgeoise. Une famille qui possède plusieurs gigantesques appartements dans le cœur de Paris, en plus d’un domaine à Argenson, le tout plein à craquer de toiles, de meubles de marques, de vêtement de haut couture, etc.

Il s’agit d’une famille dont la préoccupation des vieux jours est de préparer l’héritage, de faire des inventaires (pour cela on fait venir quelqu’un de chez Christie’s, mais quelqu’un de la famille). Dans le contexte actuel, un film bourgeois de ce genre, qui ne sort jamais de son milieu et qui évolue en vase clos, au sens propre du terme (ils couchent entre cousins)… apparaît totalement hors sol, et risque sans doute d’avoir du mal à rencontrer un public.

Le plus étonnant semble pourtant être la caractérisation, ou plutôt l’absence de caractérisation des personnages. Ils sont là sans être-là. Ils n’ont aucun réel problème et se retrouvent donc sans enjeux. Ils errent et avancent à l’aveuglette, trop absents pour être réellement malheureux ou investis. Trop absents pour avoir une quelconque vie intérieure, pour se donner et se laisser atteindre par un autre être humain dans une relation. Tout apparaît comme guindé. Ils sont tellement ailleurs que les formes n’ont même plus tant d’importance. Ils sont des intouchables. Et c’est à ces gens là que l’on confie la gouvernance de notre pays, et pourquoi pas, la responsabilité de la famille.

Y aurait-il un paradoxe dans le fait d’avoir un homme qui refuse de se séparer de sa femme, alors qu’ils mettent chacun de leur côté des coups de canifs dans le contrat, un homme qui refuse que sa femme avorte, un homme qui n’a pas su voir que son frère était gay, un homme à qui l’oncle demande s’il va faire disparaître la loi du mariage pour tous, un homme qui couche avec sa cousine et qui est attiré par toutes les femmes qu’il croise, de faire de lui le Ministre de la famille et lui faire inaugurer un planning familial ? Peut-être.

Thomas ChapelleEnvoyer un message au rédacteur

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