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LA MIF

Un film de Fred Baillif

D’une incroyable puissance

Lora est directrice d’un foyer d’accueil pour enfants et adolescents. Lorsqu’un événement tragique provoque une altercation encore éducateurs et adolescentes, elle doit défendre sa manière de travailler, face à un conseil d’administration rigide, des jeunes femmes déstabilisées dans leur confiance, et un règlement qui montre ses limites…

La Mif film movie

Réalisé par Fred Baillif, ancien basketteur et lui-même autrefois éducateur, "La Mif", nous propose une succession de portraits de jeunes femmes, séparées de leurs familles, souvent meurtries ou en pleine reconstruction. Il adopte ainsi un dispositif initial de chapitrage par leurs prénoms (Audrey, Novinha, Précieuse, Justine, Alison et Caroline...), qui s’élargit dans la deuxième partie et permet de saisir toute la complexité du fonctionnement d’un foyer. Débutant sur une bagarre dans un couloir, le film, à la construction temporelle non linéaire, qui ne cesse de surprendre le spectateur, y reviendra régulièrement (ainsi que sur trois autres moments clés), en dévoilant par bribes les tenants et aboutissants, pour atteindre son objectif : critiquer la rigidité d’un système, dont le cœur est l’être humain, mais qui par une accumulation de règles, dans son fonctionnement, dans les relations éducateurs-adolescents, dans la frontière avec le monde extérieur, parviendrait presque à oublier les multiples facettes de l’adolescence.

Abordant frontalement la question du droit des ados à envisager une sexualité, face à des adultes qui préfèrent souvent se voiler la face, le film livre aussi avec tact, au fil des portraits, la nature des abus ou traumatismes que chacune a pu subir. Un exercice qui devient d’autant plus percutant et véridique, que les actrices sont ici de véritables pensionnaires de foyers (comme Lora est aussi interprétée par une directrice qui les connaît bien : Claudia Grob), jouant chacune un rôle de composition, mais insufflant leurs propres réactions ou attitudes, grâce à une part d’improvisation ou de surprise volontaire lors du tournage.

Fruit d’interviews et de deux ans d’ateliers autour de leurs personnages, le scénario qui leur laisse la liberté de leurs propres mots, a donné lieu à un tournage express de deux semaines. Une gageure qui imprime au film, autant que son montage et un filmage très proche des interprètes, une sorte d’urgence, qui sied parfaitement au sujet. Véritable pivot, le personnage de la directrice permet de se questionner, sur la confiance et la proximité entre éducateurs et adolescentes, sur la part d’implication émotionnelle ou affective de chaque côté, sur la limite entre nécessités de protection et d’ouverture au monde réel ou à la vie d’adulte. Récompensé fort justement du prix du meilleur film dans la section Generation 14plus du Festival de Berlin 2021, "La Mif" s’avère une découverte passionnante, dotée d’une incroyable puissance émotionnelle.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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