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LA DARONNE

Un film de Jean-paul Salomé

Une comédie policière très réussie

Accablée par le fait d’avoir dû mettre sa mère en EHPAD, Patience Portefeux, interprète franco-arabe pour la brigade des stups, découvre lors d’une écoute qu’elle réalise, que le fils de l’aide soignante de sa mère risque d’être arrêté, lors d’un convoyage. Elle décide alors de l’aider à échapper à la police, le forçant à planquer la drogue dans un lieu discret, à l’intérieur d’une éolienne. Elle va alors se charger d’écouler la marchandise en utilisant deux dealers ratés, et devenir une femme recherchée sous le nom de « La Daronne »…

La Daronne film

Adaptant le roman éponyme d'Hannelore Cayre (2017), Jean Paul Salomé délivre une comédie aussi divertissante que tendue, le suspense prenant souvent le dessus, dans une histoire aussi improbable que stimulante. Issue d'un milieu pas si net, que quelques souvenirs présentés au début du film viennent dépeindre très sommairement, il s'empare avec empathie d'un personnage de femme plutôt rigide, veuve, préoccupée par l'hospitalisation de sa mère, et qui s'avère coincée dans un métier qui ne lui plaît plus. Une femme qu'il magnifie à la fois dans son humanité et dans le personnage qu'elle se construit, à base de clichés assumés : talons, voiles, chaîne de rappeur...

Isabelle Huppert incarne à merveille l'ambivalence grandissante de cette femme, trouvant ici une échapattoire inattendue, et qui comme beaucoup de personnes, rêve d'une autre vie et d'un avenir meilleur. Elle joue du décalage entre l'image plutôt sérieuse de la traductrice et les accoutrements qu'elle revêt pour incarner une hautaine femme d'affaire (Madame Ben Burka), certes spécialisée dans un produit hors du commun. On s'amuse de ses maladresses et de ses subterfuges, visant à échapper à une police pourtant sur le qui-vive, mais qu'elle connaît bien.

Si les autres personnages s'avèrent au final être dans la même logique, qu'il s'agisse des deux dealers idiots avec lesquels elle traite (gentiment désignés comme Chocapic et Scotch), ou de son impressionnante voisine chinoise, c'est bien le sentiment de déclassement qui est traité en second plan, menant parfois certains à choisir des voies peu légales. Au final, le scénario, particulièrement intelligent, ménage avec humour ses rebondissements, usant parfaitement de l'emballement d'un système qui dépasse sa créatrice, et rappelant avec humour qu'il faut bien avoir une activité et que « parler ne fait pas cuire le riz ».

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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