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L'ÉTAT SAUVAGE

Un film de David Perrault

Comme une publicité pour le parfum

Pendant la Guerre de Sécession, une famille française du Sud est contrainte de fuir sa terre par peur des Nordistes. Menés par le sombre Victor, pourchassés par l’étrange Bettie, Esther, Justine et Abigaëlle, ainsi que leurs parents, vont devoir faire face à une nature inhospitalière…

L’État sauvage film image

Tout commençait plutôt bien : une scène de nuit, à la lueur des torches, un carrosse qui avance lentement, la nature menaçante, puis des méchants, des hommes avec des torchons sur leur tête, une demeure secrète qui n’a plus de toit, un échange entre des bandits, des diamants, un stock de parfum secret... Puis vint le moment de tester la marchandise, et le ton est alors donné : alors que celui qu’on appelle Monsieur DeLille veut simplement sentir un flacon de parfum, Bettie lui prend le bouchon des mains et se répand du produit dans le cou, disant qu’il sentira mieux son odeur sur une peau de femme. Pas de doute, nous y sommes, la grammaire est posée, ce sera beau, cliché, scandaleux, et passablement incompréhensible. Shalimar n’aurait pas fait mieux, nous sommes dans une pub de parfum.

Le vrai problème avec ce film, c’est qu’il a à la fois tout juste, et tout faux. Les sujets abordés sont très riches : la place des étrangers pendant la guerre de Sécession, mais aussi la place des femmes dans la nouvelle Amérique à construire, la fin d’une époque, avec l’arrivée du rail et la progressive domestication de la nature, la fin des grands espaces et le début du règne de l’argent. Mais aussi, d’un point de vue plus intime, il aborde la découverte de la sensualité pour une jeune fille, le fonctionnement d’une sororité, la dynamique familiale des immigrés et pourquoi pas l’influence multiculturelle avec le vaudou.

Et pourtant, du fait d’un véritable défaut d’écriture et de caractérisation de chacun des personnages, rien n’est vraiment travaillé, ou abordé. Les actions manquent de motivation, les dialogues de panache ou de profondeur. Tout semble destiné à faire beau pour chaque ralenti, chaque séquence poseuse. Ainsi, malgré des personnages et une intrigue à très fort potentiel, "L’État Sauvage" semble être une sorte de pub de parfum dotée de personnages atypiques qui mériteraient d’être développés.

Thomas ChapelleEnvoyer un message au rédacteur

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