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L'ESPRIT DE FAMILLE

Un film de Éric Besnard

Ce qui arrive quand on fait de la mise en scène et qu'on met du drame dans une comédie

Le vrai problème pour Alexandre, auteur à succès, n’est pas vraiment que son père soit mort après qu’il l’ait envoyé paître une énième fois car il l’empêchait d’écrire. Non, le vrai problème, c’est que son père est toujours là, qu’il est le seul à le voir, et qu’il lui rend la vie impossible !

L'esprit de famille film image

Il ne s’agit pas ici d’une énième comédie française sur la famille. Au contraire, ce film touche plus d’une fois au drame, avec de petites touches d’absurde et une vraie recherche visuelle. Un soin particulier est apporté aux décors, accessoires et mise en scène. Le concept même du film invite à un travail sur le regard et sur l’espace, car Jacques, le père d’Alexandre, n’est visible que de lui. Cela génère de nombreuses scènes où, plutôt que de filmer un homme qui parle tout seul, Eric Besnard fait de la mise en scène, et filme Guillaume De Tonquédec derrière des draps, ou fait des raccords dans l’axe, qui font disparaître et apparaître le père. S’il n’y a rien de révolutionnaire, l’établissement d’une véritable grammaire cinématographique, au son comme à l’image, est rafraîchissant.

Un autre point positif : tous les personnages bénéficient d’une véritable caractérisation. Parfois un peu cliché, mais bien réelle. Ils ne sont pas de simples fonctions, ils présentent une véritable évolution (même celui de Jacques, le père décédé). Le seul qui pêche est le personnage de Roxanne, la femme du protagoniste.

Le film oscille entre le film de groupe et le film choral. Mais si, à court terme, les objectifs de chacun semblent séparés, c’est pourtant le deuil qui unit tous les personnages. Un autre thème sous-jacent apparaît au cours du film et est traité très frontalement, mettant les personnages dans de véritables souffrances : la crise identitaire. Chaque personnage l’incarne ainsi d’une façon différente : dans le couple, la famille, le monde professionnel.

Ainsi, "L’esprit de famille" est assez loin de sa légèreté apparente, même si le film est chargé de véritables moments de comédie. On peut lui reprocher des petites longueurs et une construction qui s’épuise un peu. On peut aussi regretter un peu l’écriture peu poussée des personnages féminins qui sont cantonnés à des types. Mais en soit, le film s’en tire avec un bilan plutôt positif, même s’il ne passe pas le test de Bechdel.

Thomas ChapelleEnvoyer un message au rédacteur

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