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L'ARCHE DE NOÉ

Un film de Bryan Marciano

Un récit choral inaudible

Noëlle est directrice d’un refuge accueillant les jeunes LGBT mis à la rue par leurs familles, se battant pour l’insertion professionnelle de ces jeunes et pour leur donner un avenir. Lorsque Alex – un nouveau bénévole – arrive, forcé et contraint, il se rend compte de l’ampleur de la tâche et des problématiques diverses que rencontrent ces jeunes en raison de leur orientation sexuelle…

L'arche de Noé film movie

Programmé en séance évènement au festival Chéries-Chéris en présence de l’équipe du film - au grand complet -, "l’Arche de Noé" peut se voir comme un film social à la française (entendons par là un sujet de société traité entre comédie et drame, comme "Intouchables" ou "Reprise en Main"), même si l’équipe du film semble répugner à catégoriser ce film comme tel. Le pari était intéressant et prometteur : le sujet est plutôt original - en tout cas dans ce sous-genre -, et la volonté louable. Il s’agit en effet de faire rire et pleurer autour des problématiques de genre ou orientations sexuelles, dont le grand public n’a pas forcément conscience, autour d’un film « sincère mais pas sérieux ».

Malheureusement, avec un pari aussi audacieux, les chances de passer à côté sont nombreuses. "L’Arche de Noé", c’est un peu une promesse qui tombe à l’eau (sans faire de mauvais jeux de mots évidemment). Sans dire que le film est complètement raté puisque ce n’est pas le cas, il semble cependant parfois dégager l’inverse de ce qu’il veut défendre et mettre en avant, ce qui est plutôt problématique. Ainsi, parmi les qualités du film, on peut noter certaines scènes qui fonctionnent très bien (notamment celle du miroir, très brute) et certains acteurs qui se dégagent largement (Victor Mermaz et Fehdi Bendjima), accompagnés par un casting bien choisi, avec d’ailleurs un grand nombre de néo-comédiens ou comédiennes.

Simplement, le film rate beaucoup de choses, et probablement la plus importante de toute : cette fameuse sincérité. Trop de personnages, trop de problématiques abordées posées là pour les montrer sans en faire quelque chose dans le scénario, trop de tentatives de générer l’émotion qui ne laissent pas de place au spectateur. Tout crie au trop plein dans le film. Sous couvert de véracités et de porter à l’écran des vécus (puisque Bryan Marciano a interviewé pendant un an plusieurs dizaines de jeunes habitant dans ces refuges), le réalisateur oublie de créer des personnages (il y en a pourtant quatorze…). Pire, il traite parfois les vécus comme de simples blagues, sans chercher à porter un regard plus psychologique dessus. On pense notamment au traitement du traumatisme de Bryan, tournant en dérision sa séquestration dans un placard tout au long du film. Sans dire évidemment que cela n’a pas sa place dans une comédie, il aurait été intéressant de nuancer un peu… La sincérité naît alors ailleurs, précisément en ce dans quoi il ne veut pas s’engager : le côté social de son film. La situation de l’association, les problèmes juridiques, etc. créent un arrière-plan qui montre la réalité des refuges en France et leur grande précarité. On sent alors le travail documentaire du réalisateur et l’urgence de cellules d’accompagnement et d’insertion pour les jeunes lâchés par leur famille.

Autre point dommageable du film, mais étant directement lié à la faiblesse de caractérisation des personnages : l’absence de diversité signifiante. Le film se déroule dans un refuge pour personnes LGBTQI+, mais on ne voit quasiment que des hommes gays, oubliant largement les femmes lesbiennes (le film ne compte qu’un seul personnage lesbien, traité très rapidement). Quant à la présence des personnes transgenres, elle donne quant à elle lieu à des blagues plutôt gênantes sur les prénoms…

Faire une comédie familiale autour de ce sujet est une excellente chose, et c’est très bien que Bryan Marciano s’empare du sujet, allant à contre-courant des films dramatiques et lourds que l’on peut voir sur ce thème. Toutefois, en tant que réalisateur, il a la responsabilité d’être conscient de son action : tout film est politique. Et si faire une comédie autour de ce sujet l’est, traiter comme il l’a fait ses personnages n’est pas anodin également. Plus de finesse et de psychologie aurait vraiment été appréciable, pour éviter un film aux fausses allures de téléfilm, où ne compte que l’happy ending promis et où les situations priment sur ceux qui les vivent. Cocasse.

Valérian BernardEnvoyer un message au rédacteur

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