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KOKOMO CITY

Un film de D. Smith

Un clip-documentaire, drôle et percutant

Daniella, Dominique, Koko et Liyah, toutes travailleuses du sexe et afro-américaines, nous livrent ici leurs histoires sans tabou, entre l’amour et la violence qu’elles peuvent subir au quotidien, et notamment en raison de leur transidentité…

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"Kokomo City", c’est le premier documentaire de D.Smith, qui montre la vie de Daniella, Dominique, Koko et Livah. C’est aussi le Grand prix de la section documentaire du Festival Chéries Chéris, passé précédemment par Sundance et Berlin (avec à chaque fois un prix). C’est de manière certaine un grand documentaire.

Construit de manière thématique, le film délivre un message puissant, porté par un regard loin d’un misérabilisme ou d’une quelconque culpabilisation ou marginalisation. Les quatre protagonistes parlent, sans jugement, de leur activité de travailleuses du sexe, du regard des hommes sur elles ou de leurs difficultés en tant que personnes trans dans la communauté noire. Partageant elle-même le vécu de ses protagonistes, D. Smith réalise un film sincère qui donne une autre image que celle que l’imaginaire collectif aurait tendance à dessiner. Grâce à une caméra toujours en mouvement, parfois très près des visages, elle valorise ces quatre femmes et leurs histoires, elle met en valeur leurs corps, leurs histoires, et leurs caractères.

Cette mise en valeur passe par beaucoup de choses dans le documentaire et sert directement l’impression de proximité et d’originalité. Très musical (du rap notamment), le film joue sur les codes et présente par intermittence des petites saynètes plutôt drôles, teintées de l’univers des clips de rap. Le noir et blanc offre en outre une image très belle, très travaillée, qui vient largement ajouter à l’ambiance du film.

Cette mise en valeur ne trahit pourtant pas (et c’est là sa réussite) l’authenticité des vécus. Au contraire, elle aurait tendance à la renforcer en créant un rythme et une dynamique qui permettent au spectateur de souffler parfois, même lorsque les récits sont tristes ou violents. En parlant également de l’homosexualité et de l’homophobie, D. Smith traite également du rapport à la virilité des hommes qui viennent les voir pour avoir des relations sexuelles.

Loin des tabous, "Kokomo City" est un documentaire réellement original, qui mérite une grande carrière et une large reconnaissance. Un essai de cinéma comme on en voit peu.

Valérian BernardEnvoyer un message au rédacteur

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