Parce qu'on en a jamais assez !

JOSÉPHINE S’ARRONDIT

Gare aux contractions !

Cela fait deux ans que Joséphine et Gilles se sont trouvés. Ils vivent aujourd’hui le parfait grand amour. Jusqu’au jour où Joséphine apprend qu’elle est enceinte. Entre annoncer la nouvelle à ses parents, faire l’impossible pour apaiser Gilles et devenir une mère exemplaire, Joséphine ne va pas tarder à paniquer !...

À l’origine, on avait Joséphine, à savoir une série de bandes dessinées de Pénélope Bagieu. À l’arrivée, on avait "Joséphine", à savoir une comédie plate et faiblarde, lorgnant maladroitement sur "Le Journal de Bridget Jones" en oubliant d’injecter du style, de l’énergie et de la fantaisie. Marilou Berry avait beau confirmer tout son talent d’actrice, la pilule ne passait pas. L’inquiétude grandissait face à l’annonce d’une suite, qui plus est réalisée par Berry elle-même. En général, un acteur (ou une actrice) français(e) qui passe à la mise en scène sans avoir fait ses preuves au préalable, ça donne l’addition suivante : on se focalise uniquement sur l’écriture + on délègue tout à une équipe technique embauchée par le producteur + on privilégie la liberté totale des acteurs pendant le tournage + on torche le montage en cinquième vitesse. Et là, c’est la surprise : non seulement Marilou Berry déballe un sens du tempo assez foudroyant, mais elle réussit surtout à faire monter le mercure de l’hilarité suffisamment haut pour que le « ventre mou » du premier film tombe illico dans l’oubli.

On est d’entrée surpris – et malgré tout un peu inquiet – par la nervosité avec laquelle tous les acteurs du film jouent leur partition, agitant leurs bras et leurs jambes comme s’ils avaient le feu aux fesses, gesticulant de façon outrancière comme des personnages de cartoon, ou faisant les gros yeux en roulant les orbites comme chez Tex Avery. De là à penser que les acteurs ont opté pour la prise quotidienne de cocaïne afin de rentrer dans leur personnage, il n’y a souvent qu’un pas ! Pour autant, on sent clairement que Berry a souhaité lâcher prise et foncer tête baissée dans l’excès, collant ainsi à merveille à l’angoisse intérieure de son personnage. Entourée d’une bande d’amis franchement lézardés de la cafetière (dont une copine nymphomane jouée par Sarah Suco), d’une sœur hypocrite sans aucun repère (Vanessa Guide, parfaite) et d’une mère à laquelle elle ne veut pas ressembler (devinez qui ?), sa Joséphine enfile les situations embarrassantes et/ou stressantes avec la rigueur d’un métronome. Le tout avec une folie exponentielle qui réussit même à contourner la vulgarité que l’on aurait pu redouter.

Rien que pour la façon dont Berry évoque l’appréhension de la grossesse sans emballage sociologique gnangnan (on n’est pas dans "Trois hommes et un couffin") ni discours pro-life (on n’est pas dans "Juno"), le film sait se montrer plus fin qu’on ne l’aurait cru derrière une évidente chape d’outrance. Que ce soit pour bazarder avec folie les phases de la grossesse (en particulier les séances de gym ou d’échographie), pour pousser dans leurs extrêmes l’imprévu et l’inversion des rôles de chacun dans la période précédant l’accouchement (le papa-poule devient drogué par accident, la mère-panique devient apaisée par lassitude), pour contrer avec brio chaque spectre de scène un peu nunuche (la scène des « sous-titres » en est un bel exemple), ou encore pour expliquer le non-danger de relation sexuelle pendant la grossesse (avec cuillère, crème chantilly et mangue charcutée !), Marilou Berry charge la mule sans jamais perdre de vue son sujet et les débordements qu’il peut impliquer.

De façon plus générale, on pourra simplement regretter que la mise en scène de Berry, bien qu’inspirée en termes de rythme et excessive à souhait, se limite aux trois quarts à des gros plans d’acteurs qui regardent la caméra en roulant les yeux – une stratégie qui lasse très vite. Et surtout, on pourra aussi regretter que dans son idée de transformer un accouchement en geyser de fous rires, elle n’ait pas réussi à égaler le degré d’hilarité hystérique de la scène finale de "Neuf mois" de Patrick Braoudé – qui a d’ailleurs ici un petit rôle. N’empêche que pour la folie qu’elle sait injecter et pour les idées de montage qu’elle déballe en se dépensant comme rarement, cette suite inattendue fait office de remède à la morosité ambiante. Un petit conseil aux femmes enceintes : allez-y en couple, c’est surtout votre conjoint qui risque d’avoir de violentes contractions à force de se marrer !

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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