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LA JEUNE FILLE DE L'EAU

Un film de M. Night Shyamalan

Comprenne qui pourra

Un gardien a bien des soucis avec la gestion du quotidien des locataires de sa résidence. Entre ceux qui font beaucoup de bruit, ceux qui semblent murés dans un isolement, et ceux qui utilisent la piscine en dehors des heures autorisées, ce barbu bègue ne cesse de s'occuper, sans passion, mais avec ferveur. Un soir, il surprend l'humide contrevenante et la recueille chez lui...

Comprenne qui pourra

Nous faisions partie des rares à avoir défendu "Le village" lors de sa sortie, il y a deux ans. Avec ses doubles niveaux de lecture, ses secrets multiples, le réalisateur du "Sixième sens" avait alors réussi une nouvelle fois à surprendre et à interpeller une angoisse latente. C'est dire à quel point nous attendions son nouveau film, au titre aussi charmant que son interprète féminine principale. Mais face à cette déferlante de politiquement correct, d'universelle humanité mélangée autour d'être dont on ne perçoit pas la fragilité affichée, on ne peut être que déçu par le fatras ambiant et le peu de respect démontrer envers un spectateur même attentif.

Car Shyamalan mélange ici un peu tout: la religion, la foi, les contes pour enfants, l'arrogance des adultes... Cela au coeur d'une intrigue qu'il s'ingénie à faire durer des heures, nous contant une légende qui arrive sous nos yeux par divers biais, plus pénibles les uns que les autres. Tantôt une vieille chinoise en raconte une partie par le biais de sa fille qui sert de traductrice (ce qui donne cependant de rares moments amusants), tantôt la jeune fille sortie de la piscine donne quelques clés aux autres personnages, à l'aide de quelques gestes ou mimes, puisqu'elle n'a pas le droit d'en parler. Mais à aucun moment on ne ressent de véritable enjeu dans le retour "nécessaire" de cette jeune femme vers son monde, auquel tout le monde s'emploi.

D'autant plus que le rôle de cette femme est tenue par Bryce Dallas Howard, d'habitude excellente, et ici à la fois enlaidie comme jamais et inexistante. Parabole appuyée sur la nécessité de la foi, évocation pénible à haute voix des affres de la création et des dangers d'une vision critique trop formatée, "La jeune fille de l'eau", aux qualités esthétiques indéniables, n'en reste pas moins le film le moins abordable de Shyamalan, peut être parce que le plus personnel, mais aussi le moins organisé. On est donc en droit d'attendre le prochain, avec une certaine inquiétude en tête cette fois-ci.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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