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JEANNE

Un film de Bruno Dumont

Continuité d’une œuvre unique

Dans cette suite de « Jeannette« , Jeanne, qui n’a plus le secours de ses voix, commence à s’éloigner de ses hommes et essuie sa première défaite à Paris. Elle est emprisonnée et commence alors son procès pour hérésie à Rouen…

Jeanne film image

Pour les amateurs du premier volet de la vie de Jeanne d’Arc racontée par Bruno Dumont à partir de Charles Péguy ("Jeannette, l’enfance de Jeanne d’Arc"), ce film constituera un beau final, qui parvient à continuer, sans répéter ou trahir, l’entreprise cinématographique du premier volet. En effet, les chansons y sont toujours présentes, mais intégrées de façon nouvelle au récit. Et le travail de Christophe, qui apparaît d’ailleurs pour chanter lui même une de ses compositions à la fin du film, est louable. Un travail en réalité de deux hommes, dans l’adaptation, ou comme se plaît à le dire Bruno Dumont, la « transposition ».

Avec son rythme, ses dialogues et sa direction d’acteurs si particulière, le film de Bruno Dumont propose une nouvelle définition du spirituel. Bien que Jeanne soit hautement religieuse, et que l’Église en tant qu’institution soit présente tout au long du film, c’est un spirituel autre, proprement cinématographique, que Bruno Dumont élabore. En effet, il se sert de la mise en scène et de tous les outils spécifiques de son média, les sorties et entrées de champ, les plongées et contre plongées, les grands angles qui isolent les sujets, et même le numérique qui découpe les corps et permet de un jeu très précis sur les textures, pour proposer un au-delà de l’image.

Bruno Dumont cherche aussi à moderniser sa Jeanne. D’une part, il confie une nouvelle fois le rôle à Lise Leplat Prudhomme, qui jouait la plus jeune Jeanne de son précédent film. La puissance du regard de la jeune actrice, son petit corps face à ceux de ses anciens adjudants et de ses juges, lui donne d’autant plus de puissance quand elle apparaît seule et isolée, aussi bien sur l’immense dallage de la cathédral d’Amiens que dans les dunes de la Normandie, parsemées de blockhaus, ultime prison de la jeune fille. Le réalisateur met également en scène avec une grande justesse le doute et l’inquiétude, que vient supplanter la peur, dans le cœur de la jeune fille, qui tente de ne pas perdre confiance.

Jeanne est un film lent, très lent. Il est à aborder comme une expérience cinématographique, un essai sur le sacré. Trois moments de mise en scène sont particulièrement touchants et signifiants et permettent de mieux comprendre la démarche de Bruno Dumont. Il s’agit d’abord de la première chanson du film, qui est supportée par un long plan séquence, en contre plongée, sur Jeanne fixant la caméra, son regard transperçant le ciel. A cette première scène musicale vient répondre l’ultime réquisitoire du procès, chanté par le compositeur lui-même, Christophe (incarnant Guillaume Evrard). Le texte, directement adapté des mots de Péguy, est saisissant. Enfin, dans le premier tiers du film, Bruno Dumont décide de filmer une scène de bataille, le balais des corps, d’une manière sublime et complètement inédite. Une scène qui bénéficie d’une vraie performance des participants et d’un grand sens du montage et des cadres pour magnifier l’action.

Thomas ChapelleEnvoyer un message au rédacteur

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