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JE ME SUIS FAIT TOUT PETIT

Un film de Cecilia Rouaud

Le portrait, tout en finesse, d'un père en déserrance

Mal remis du départ de sa femme il y a plus de cinq ans, Yvan a laissé ses deux filles aux soins de sa sœur et son beau frère. L'ambiance familiale n'est donc pas au beau fixe, puisqu'il doit faire face à la rancœur de ces dernières. Mais les choses vont empirer lorsque sa sœur lui apprend que son ex. vient de laisser en France le fils qu'elle a eu avec son amant de l'époque. Bien décidé à ce que le petit Léo ne fasse pas partie de sa famille, il tente de lui trouver un point de chute, mais se voit contraint de s'occuper de lui pendant quelques temps...

Quelle bouffée d'air et d'émotion que ce petit film situé entre un Paris quotidien et une Bretagne rêvée, trace d'une enfance réconfortante, à l'image du cocon d'insensibilité dans lequel s'est réfugié le personnage d'Yvan, homme blessé, qui ne sait pas trop comment remonter en selle. La première scène fait presque penser à une blague, à une technique de dragueur qui saurait parfaitement faire fuir au matin une jeune femme rencontrée la veille, en lui débitant en continue l'ensemble de ses problèmes et des contrariétés d'une vie compliquée. En quelques paroles pourtant, Yvan nous résume parfaitement les dernières années de sa vie et l'état de ses relations avec ses deux adolescentes de filles.

Le premier point fort de "Je me suis fait tout petit" est son scénario, cousu de situations atypiques, qui décrit avec un tact immense les composantes d'une famille on ne peut plus décomposée, dont les membres semblent tous aussi forts les uns que les autres malgré leurs difficultés quotidiennes. Tout sonne juste, grâce à des situations délicatement abordées, à des dialogues millimétrés, et surtout à un casting d'une cohérence rare.

On croit ainsi à cette rencontre improbable entre le bourru Yvan et une professeur d'art cherchant à "éviter les fous", et qui malgré ses colères intérieures, affiche une politesse à toute épreuve (Vanessa Paradis sautillante et distante). On croit aussi à cette sœur dont les tocs envahissants sont plus suggérés que montrés (Léa Drucker, bouleversante de simplicité et de générosité) et à cette belle-sœur en mal d'adoption, stressée à l'idée de rater son examen de capacité. On croit enfin à ce collègue professeur envahissant (Laurent Capelluto, presque angoissant tellement il est envahissant), incapable de maîtriser ses élèves et que même un gamin de cinq ans peut aisément dominer.

Mais le cœur du film c'est le naturel, mélange de réactions primaires explosives et de tendresse désarmante, que dégage la prestation de Denis Ménochet. En homme reclus se redécouvrant des instincts paternels et une possibilité de s'ouvrir ou s'intéresser à une autre femme, il touche forcément dans les prémisses de sa renaissance. Avec une infinie douceur, la réalisatrice l'accompagne dans chacun de ses pas , hésitants, vers ce qui pourrait être une nouvelle vie. Toujours à bonne distance, elle nous offre simplement quelques scènes magnifiques. Celle scène silencieuse où Yvan caresse délicatement les cheveux de celui qui deviendra son petit protégé. Celle , finement dialoguée, où sa sœur explique l'ampleur de l'amour d'Yvan pour celle qui fut sa femme.

Dix pages ne suffiraient pas pour dire tout le bien que l'on pense de ce merveilleux petit film et de la richesse de thématiques qui s'en dégage. Qu'il s'agisse d'aborder le passage à l'âge adulte, qui parfois prend du temps chez bien des hommes, l'hésitation entre passion et amour raisonné, la nécessité de ne pas refaire les erreurs du passé, ou la capacité à être père, "Je me suis fait tout petit" séduit. En exposant la fragilité d'un homme obligé de s'impliquer après s'être volontairement isolé du monde il donne à Denis Ménochet une rôle fort et nuancé qui devrait sans nul doute le mener jusqu'aux Césars prochains.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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