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JAUJA

Un film de Lisandro Alonso

Des beaux paysages, un bon acteur, mais un film épouvantablement monotone et lassant

Un capitaine danois se voit proposer un poste d’ingénieur pour l’armée argentine alors en pleine chasse contre les populations amérindiennes. Mais son arrivée ne va pas laisser les soldats indifférents, en particulier en raison de la présence de sa fille, une jolie blonde au minois d’ange qui fait rapidement tourner les têtes. Et lorsque celle-ci s’enfuit pour vivre une idylle avec un militaire, le père, paniqué, part alors à sa recherche…

Lisandro Alonso ("Liverpool", "Los Muertos") poursuit dans la veine des longs-métrages soporifiques, où le silence est d’or et la parole très rare. Mais cette fois, le réalisateur argentin est épaulé d’une vedette, en la personne de Viggo Mortensen, également coproducteur. Et autre changement considérable, le cinéaste s’éloigne pour la première fois de l’époque contemporaine pour nous plonger dans la Patagonie des années 1880, en pleine « Conquête du désert », campagne militaire orchestrée par le gouvernement argentin afin d’exterminer les peuples amérindiens. Un capitaine danois, Mortensen lui-même, débarque au cœur de ce bain de sang pour occuper un rôle d’ingénieur, accompagné de sa fille. Et la belle adolescente, seule proie aux alentours pour les soldats en chaleur, va rapidement devenir un objet de convoitise. Naïve, celle-ci succombe au charme d’un militaire ; son père va alors commencer une quête en territoire ennemi pour retrouver sa progéniture.

Débutant comme un western, le film est en réalité le récit de la traversée de cet homme prêt à tout pour retrouver sa fille, même à affronter seul les indiens s’il le faut. Ce voyage solitaire se transforme alors en trip mystique et métaphysique, en une expérience sensorielle renforcée par la beauté abrupte des paysages primitifs. Car la force du métrage est bien là, dans cet envoûtement qui se dégage de ce panorama désertique, où le soleil d’ocre illumine magnifiquement la pellicule. Mais si la carte postale est superbe, d’autant plus avec le format 1:33 choisi par le metteur en scène, le contenu de ce carnet de voyage est une longue, mais alors très longue, balade où le spectateur doit se contenter de regarder un homme avancer dans des pleines rocailleuses.

Et sans aucune surprise, l’ennui guète très rapidement le spectateur dont la lutte pour conserver les yeux ouverts est aussi intense que le parcours de l’officier danois. Les qualités esthétiques ne suffisent pas, et on aurait grandement apprécié que Lisandro Alonso ajoute également un scénario à "Jauja". Car ce ne sont pas les tentatives maladroites d’inclure son œuvre au cœur d’une épopée mystérieuse et surnaturelle qui vont nous sortir de notre sommeil. En voulant brouiller les pistes rationnelles pour donner une interprétation bien plus philosophique à cette excursion où la raison et le temps laissent place à l’imaginaire, le réalisateur tenait le concept d’un grand film. Mais en se fourvoyant dans une approche mutique et austère, bourrée de tics de mise-en-scène, le cinéaste ne retient que le pire de son idée, nous offrant une expérimentation terriblement longue et ennuyeuse.

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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