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JAMAIS CONTENTE

Un film de Emilie Deleuze

Portrait réussi d'une chieuse

Aurore est une collégienne qui déteste tout le monde et que tout le monde déteste. Son père la trouve « chiante », sa mère voudrait l'abandonner en forêt, elle fatigue ses profs, se fâche avec ses amies. Le fait qu'on lui propose de chanter dans un groupe pourrait peut-être la rendre plus sociable...

Le portrait que nous propose Émilie Deleuze, réalisatrice de "Peau neuve", ressemble à celui d'une vague connaissance. Chacun pourra en effet reconnaître en son Aurore, une figure familière de son enfance ou adolescence. Il pourrait s'agir de celui d'une sœur frustrée, d'une camarade de classe mal dans sa peau, d'une fille en recherche d'identité, ou simplement d'une jeune en devenir qui ne sait pas trop comment aimer et préfère haïr tout le monde car cela est bien plus pratique.

Découvert au Festival de Berlin 2016 dans la section Géneration, "Jamais contente" nous plonge donc dans l'univers égoïste d'une jeune fille qui râle, jure et méprise les autres, autant qu'elle se déconsidère au final elle-même. À la limite du supportable dans les premières minutes, le personnage apparaît rapidement pas si monolithique, dévoilant progressivement son mécanisme d'auto-défense au travers du récit de celui des autres (les profs qui font le tour des rangs et dont les voix se superposent, les parents qui plaisantent en faisant d'elle un Petit Poucet...).

Si la comédie passe par la perception de sa découverte du monde (l'épidémie de grossesses, la soirée de fin d'année très imbibée, la numérotation des mecs potables...) comme par les réactions primaires de cette fille d'apparence « trop désinhibée » (le besoin d'affirmer n'être ni frigide, ni lesbienne...), ou par son don pour la provocation (le résumé très personnel de La princesse de Clèves...), le personnage a finalement un certain relief.

Grâce à sa confrontation avec les autres, le scénario lui donne peu à peu de la substance. On saluera donc l'ensemble des seconds rôles du film, pour beaucoup dans sa réussite. Au premier rang, on notera Alex Lutz (connu principalement pour la vignette "Catherine et Liliane" sur Canal Plus) dans un rôle de prof remplaçant plutôt patient dénommé Sébastien Couette. Mais il y a aussi Patricia Mazuy dans le rôle de la mère, stoïque et solide, et surtout Catherine Hiegel, dans celui de la grand-mère, très au fait des choses de la vie. Tout ce petit monde semble prendre beaucoup de plaisir à se confronter à la jeune Léna Magnien, et nous met au final du baume au cœur.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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