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J'AIME REGARDER LES FILLES

Un film de Frédéric Louf

Un premier film à découvrir, un cinéaste à suivre

Primo a 18 ans. À quelques semaines du bac, plutôt que de réviser, il préfère conquérir le cœur de Gabrielle, une jeune parisienne issue du milieu bourgeois qu'il a rencontrée dans une soirée. Mais sa condition modeste de fils de fleuriste ne lui permet pas d'être à la hauteur de ce monde huppé: il va commencer à mentir pour être se hisser au niveau des espérances de Gabrielle...

Un premier film fait souvent jaillir deux symptômes antinomiques: la sincérité et l'enthousiasme de la première fois, assortie d'une plus ou moins grande maladresse due au manque d'expérience. En ce sens, « J'aime regarder les filles » sent la première œuvre à plein nez mais s'en tire plutôt bien. L'histoire n'est cependant pas révolutionnaire. On pourrait se dire, voilà un énième film qui tente de dépeindre une jeunesse paumée dans la France des années 80. Les situations étant assez attendues (séduction, premiers émois amoureux, conflit parents-enfant...), c'est donc sur la forme que notre attention se portera et c'est là que le film gagnera notre estime. Passée une scène d'ouverture bancale où Primo s'improvise danseur de flamenco (tentative d'humour ratée ou symbole maladroit d'une jeunesse éprise de liberté ?), le film se montre brillant et maîtrisé grâce à une mise en scène sensible (magnifique scène finale), un casting irréprochable, méconnu et donc à connaître, et des dialogues bien pensés.

C'est aussi dans un contexte politique bien précis que se situe l'action, puisque le film commence la veille de l'élection de François Mitterand en 1981. Et si Primo ne sait pas trop ce qu'il veut faire de sa vie, il ne sait pas non plus quoi penser de la politique, semblant changer de parti comme de chemise pour rassurer son monde. Comme l'historien qui étudie le passé pour mieux comprendre le présent, le cinéaste montre ici que, trente ans plus tard, certaines choses ne changent pas: on a d'un côté les convaincus jusqu'à la moelle, de l'autre, les désabusés sans conviction. Comme si la politique consistait à choisir un camp plutôt que d'ouvrir un dialogue. C'est une des questions que soulève intrinsèquement le film de Frédéric Louf, question loin d'être inintéressante à l'aube de la prochaine élection présidentielle. « J'aime regarder les filles » est donc tout à fait digne d'être découvert et apportera, dans le cadre de sorties estivales envahies de blockbusters, une fraîcheur non négligeable.

Rémi GeoffroyEnvoyer un message au rédacteur

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