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JACK LEMMON, UNE VIE DE CINÉMA

Avec Jack Lemmon...

Oui, oui, mais encore ?

Retour sur cinquante ans de carrière de Jack Lemmon, acteurs aux rôles inoubliables, à la charnière entre fin de grands studios, Nouvel Hollywood, et Nouvelle Vague européenne. Un acteur caméléon, à l’aise dans tous les registres, récompensé par notamment deux Oscars…

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Sortie le 2 janvier 2021 sur OCS

Un documentaire rétrospectif sur la carrière d’acteur de Jack Lemmon ? Oh, après tout, pourquoi pas, mais pour quel résultat au final ? Sur la forme, rien qui ne réussisse à dépasser le statut plus ou moins enviable d’un super-bonus de DVD : montage fluide d’archives et d’entretiens, carrière tracée selon une route narrative qui évite tout chemin de traverse, bannissement pur et simple d’une voix-off paraphrase, etc… Sur le fond, on tombe un peu plus bas : on ne peut pas vraiment féliciter les deux réalisatrices d’avoir cherché à paralléliser les points-clés de la carrière de Lemmon avec les changements les plus importants sinon de l’époque elle-même, en tout cas du contexte hollywoodien de l’époque. Par exemple, on nous affirme d’entrée – via une interview d’un historien qui monopolise ici les trois quarts de la parole – que le bonhomme a connu les derniers jours de l’âge d’or d’Hollywood, ne s’est jamais cantonné à un genre de film en particulier, entama sa carrière à une époque où la censure périclitait et s’offrit ainsi un pont d’or vers des rôles bien plus audacieux qu’avant (voir ses excellentes prestations dans "Certains l’aiment chaud","Missing" ou "Le Syndrome chinois"). Certes, tout cela est vrai… mais peut-on sincèrement y voir là un point de vue pertinent ? Ne peut-on pas considérer que Lemmon n’était pas le seul acteur à avoir vécu ce genre de transition artistique à inscrire dans le contexte de son époque ? En quoi la carrière de cet acteur aussi brillant que polyvalent se démarque-t-elle vraiment de celle de ses confrères ?

C’est là tout le problème d’un docu qui, par facilité ou par admiration non canalisée pour son sujet, tombe d’entrée dans le piège de l’hagiographie pur jus, où toute forme de nuance a plié boutique et où tout angle un minimum inédit a laissé place à un point de vue très consensuel. On peut certes louer cette insistance sur le côté très « Monsieur-Tout-Le-Monde » de Lemmon (le « gars ordinaire pris dans des situations extraordinaires »), qui, en effet, tranchait radicalement avec les critères de glamour qui régissaient l’ancien Hollywood. On s’amuse aussi beaucoup de cette interview télévisée de l’acteur, narrant son entrevue avec le magnat Harry Cohn, où ses talents d’imitateur font rire autant que le sujet de la discussion (Lemmon devait alors changer son nom en « Lennon » !). Mais en dehors de ça, l’analyse de certains films marquants de Lemmon – on garde surtout en mémoire "Sauvez le tigre" et "La Garçonnière" – ne varie que très peu de la ligne directrice très tautologique de la chose : en gros, Jack est un gars ordinaire et sympa, il peut jouer le naïf comme le malin, il peut se fondre dans n’importe quel rôle, c’est un acteur de génie, blablabla… Même un rapide tour de son fameux duo avec Walter Matthau s’en tient au constat antédiluvien du tandem, avec deux acteurs si différents et complémentaires qu’ils furent comme des frères – merci du scoop. Ainsi se déroule ce docu pépère et se dévoile sa fonction limitée : insister trop souvent sur ce qui relève de l’évidence.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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