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JACK LE CHASSEUR DE GÉANTS

Un film de Bryan Singer

Pas facile d'être un fermier...

Alors qu'il s'est rendu au château pour vendre le cheval et la carriole de son oncle, Jack, se voit remettre par un mystérieux moine en fuite, un sac contenant quelques graines. Revenu à la ferme, il se retrouve, par une nuit d'orage, à héberger la jeune princesse fuyant un mariage arrangé. Mais l'une des graines de haricot, tombée sous le plancher, entre en contact avec l'eau de pluie, se transformant en une plante géante, qui entraîne avec elle la maison, mais aussi la princesse. Le roi décide alors de monter une expédition pour rechercher celle-ci, et autorise Jack à se joindre à ses hommes...

"Jack le chasseur de géants" n'est pas un remake du film de Nathan Juran, 1962, adapté lui de Jack the giant killer, un conte anglais situé à l'époque du Roi Arthur. Il n'est pas non plus une adaptation fidèle du conte Jack et le haricot magique, récit en trois actes, dans lequel Jack vole les trésors d'un Ogre, dont la poule aux œufs d'or, avec l'aide partielle de sa femme. C'est donc quelque part à mi-chemin entre les deux œuvres, qu'il faut chercher le scénario de ce "Jack the Giant Slayer" qui porte plutôt bien son titre original, puisqu'ici le jeune homme et les troupes du roi détruisent nombre de géants maléfiques.

Le film s'ouvre sur une légende contée aux enfants, d'un lien entre terre et ciel, pays respectifs des humains et des géants, et comment un roi ancien a réussi à tenir les géants à distance grâce à une couronne permettant de les contrôler. Si les récits parallèles de la légende, racontée à la princesse par sa mère et à Jack par son père, se combinent en un montage plutôt fluide, le traitement graphique du conte n'est pas très heureux, ressemblant à un mauvais jeu vidéo, aux contours schématiques mais visant il est vrai à distinguer le passé parfois romancé de ce qui arrivera par la suite.

Après un saut dans le temps, on se retrouve donc au Moyen-Âge, un jeune manant étant entraîné malgré lui dans une aventure mêlant amour impossible entre classes différentes (le gueux et la princesse), découverte d'un monde fantastique suspendu dans les airs, et combats titanesques contre des hordes de géants désireux de se venger d'un peuple qui les a asservis, puis forcés à l'exil. Loin de la flamboyance d'un "Seigneur des anneaux", le film lorgne cependant du côté de la trilogie de Peter Jackson, de par notamment la structure de la bataille terrestre, une fois les géants descendus sur terre.

Globalement assez violent, le film aligne affrontements ponctuels (la découverte du premier géant, le coup des abeilles dans le casque...) et de masse (la charge dans la plaine, le siège du château...), au cours desquels les humains se font croquer la tête ou écraser de manière assez abrupte. Si Bryan Singer évite les effusions de sang, il prend un malin plaisir à utiliser la 3D pour provoquer quelques sursauts ou effets de dégout (l’œil du géant qui sort de son orbite alors que sa tête est pressurée par la tige de haricot...). L'aventure se regarde donc sans mal, mais n'est peut-être pas à mettre sous les yeux des plus petits.

Non dénué d'un certain humour (voir la scène de la cuisine, où le personnage d'Ewan McGregor devient un plat de choix...), le film bénéficie d'une version française qui s'amuse à en rajouter un peu, histoire de détendre l'atmosphère (« c'est la fin des haricots », ou « il commence à me courir sur le haricot »). Palpitant et précis dans ses scènes d'action, il donne à voir finalement peu de lieux fantastiques (la falaise du monde d'en haut avec ses cascades en forme de têtes...), préférant mettre le paquet sur la performance capture, qui permet de générer les aspects et mouvements des géants (avec Bill Nighy en tête, en général Fallon), choix dont on pourrait discuter l'aspect judicieux.

Face à ses hordes de barbares, on retrouve Nicholas Hoult, toujours aussi insipide, après "Warm Bodies" la semaine dernière. Stanley Tucci joue cette fois-ci les traitres, avec une jubilation visible, mais un certain excès agaçant. Quant à Ewan McGregor, égal à lui-même, il incarne ici la bravoure et la droiture, avec un aplomb des plus crédibles. Si les personnages ne sont pas le fort du scénario, si la représentation des géants et des mondes aurait pu être plus travaillée (ne parlons pas des branches de haricots en carton pâte...), reste que "Jack le chasseur de géants" délivre son lot d'aventures et de scènes rondement montées, grâce au sens de la mise en tension d'un Bryan Singer toujours efficace et doué pour ménager ses effets.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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