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J'ÉTAIS À LA MAISON MAIS…

Un film de Angela Schanelec

L’étrange beauté d’une famille dysfonctionnelle

Alors qu’il avait disparu, un adolescent revient au sein de son foyer au bout d’une semaine, sans aucune explication. Son entourage va alors essayer de comprendre ce qui a bien pu se passer…

J'étais à la maison, mais... film movie

Un chien poursuit un lapin bondissant entre les herbes et roches d’un flanc de montagne. Un âne pénètre une maison en ruines, avant d’être rejoint par le canidé, fier de sa prise. Quel rapport entre ce début de film et l’intrigue supposée du métrage, la réapparition d’un adolescent après une semaine de disparation ? Aucun, ce qui est pleinement logique pour cet exercice conceptuel, plus assemblage de plans séquences et saynètes autonomes que récit. Peut-être que la réalisatrice voulait indiquer aux spectateurs que l’œuvre à laquelle ils allaient assister était indomptable, à l’image de ces animaux sauvages. Car tout ce drame se joue dans les points du suspension de son titre hommage à Ozu, l’intrigue ayant déjà été résolue, si tant est qu’elle ait existé, les presque deux heures montrées se focalisant sur une idée de flottement, une balade onirique entre les ellipses de brins de vie dont les liens sont souvent troubles.

Certes, il est en effet question d’un gamin qui retourne au sein du foyer familial après une mystérieuse fugue. Mais la caméra préfère détourner ses focales d’un éventuel jeu de pistes, les motivations des protagonistes n’ayant pas vocation à trouver une incarnation à l’écran. Tout est plus philosophie et métaphysique, hanté par des images récurrentes, donnant une dimension presque fantastique à l’ensemble, comme ce corps dénudé au cœur des bois. Qui est même le « je » du titre ? Philippe, le gamin revenu au bercail ? La mère, dont on sent rapidement que la gestion de ses émotions n’est pas son fort ? Cette petite sœur trop souvent à l’arrière-plan ?

Tantôt envoûtant, tantôt banalement sublime (comme dans ce chapitre dédié à une vente de vélo foireuse), "J’étais à la maison mais…" est une expérience à part entière, dont l’austérité pourra rebuter certains, mais dont le parti-pris radical détonne aujourd’hui dans une industrie trop souvent formatée, et lui aura valu le Prix de la mise en scène au Festival de Berlin 2020. Évoquant aussi bien la solitude que le deuil impossible, le film est aussi un drame sur l’incapacité de communiquer entre certains êtres. Pas besoin de saisir alors toutes les références, tous les motifs cachés dans ce réel, forcément fantasmé, puisque cinématographique comme peut l’expliquer la protagoniste : il suffit de s’abandonner à ce voyage nébuleux et mélancolique pour qu’il en devienne touchant.

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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