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INTOUCHABLES

En permanence sur le fil du rasoir

Alors qu'il fonce à toute allure, le chauffeur d'un véhicule est pris en chasse par la police. Il parie alors 100 euros avec son passager qu'il réussira à les semer. Mais à la première sortie, le voilà coincé par d'autres véhicules. Il parie alors 200 euros sur « une escorte ». Alors que les policiers le plaque au sol, faisant fi de ses protestations, son passager fait un malaise, la bave aux lèvres... C'est alors que la police leur propose... une escorte jusqu'à l'hôpital le plus proche. Mais une fois arrivés à l'hôpital, ils s'enfuient, contents de la plaisanterie qu'ils viennent de faire. C'est ainsi que semblent s'amuser le riche Philippe, paraplégique, et son chauffeur, Driss, un black venu de la banlieue. Mais leur relation n'a pas toujours été facile...

C'était un pari risqué. Oser faire une comédie sur le sujet du handicap physique. Il fallait pour cela une base réelle, pour permettre aux scénaristes de saisir le sujet dans toute sa complexité, et d'en faire une comédie, rythmée, qui n'épargne rien à aucun de ses protagonistes. Abordant le handicap sans concession, « Intouchables », permet aux auteurs de « Nos jours heureux » et de « Tellement proches », Eric Toledano et Olivier Nakache, de sortir du cliché sur la dépendance, leur personnage principal refusant quasiment toute forme de pitié. En permanence sur le fil du rasoir, les dialogues les plus osés, placés dans la bouche de Omar Sy, aide à domicile qui traite son patient comme n'importe quel homme, arrivent à faire rire ou sourire, parfois avec les pires remarques ou plaisanteries.

Qui ne connaît pas la fameuse blague « Pas de bras, pas de chocolat » ? Elle marque justement la limite de ce que peut supporter le personnage interprété par François Cluzet, pas vraiment amusé par cette réplique, conscient de sa condition, mais pas prêt à accepter toutes les humiliations. Sa manière d'endurer son traitement, avec dignité, force l'admiration. Mais ce qui étonne le plus, c'est sa volonté de sortir d'un train-train contraignant grâce au contact avec une personne qui l'oblige à se surpasser. Dès les premières scènes, avec l'audition des différents candidats pour le poste d'aide à domicile, on lit dans ses yeux le désir d'avoir en face de lui une personne qui ose le sortir d'habitudes dictées par une médecine trop prudente. Et quoi de mieux comme personnage totalement opposé, qu'un jeune de banlieue qui a du mal à trouver un travail et dont le passé n'est pas des plus clairs.

En étant peu formaté, ni par les règles de convenances, ni même par les tâches qu'il est sensé accomplir (voir les scènes de découverte des bas de contentions, des gants pour « vider le cul » ou des expériences avec le thé brûlant versé sur les jambes, histoire de vérifier si son patient réagit...), le personnage joué par Omar Sy s'avère un parfait pendant agité du personnage de Cluzet. Dressant l'histoire d'une amitié qui ne dit pas son nom, d'un respect mutuel naissant, le scénario de « Intouchables » montre qu'il vaut mieux parfois bousculer pour redonner goût à la vie. Du coup, il n'hésite pas à sortir par moment des sentiers de la comédie, pour mieux émouvoir. Voir par exemple la scène où Philippe parle de sa femme et de ses fausses couches, la scène finale du restaurant près de Dunkerque... ou même celle de l'anniversaire, avec Driss qui entraîne tout le monde, ou presque, dans une danse endiablée.

Réussissant quelques scènes de comédie mémorables, de la première fois de Driss à l'opéra, mort de rire devant un ridicule « arbre qui chante », à la série de différentes coupes de moustaches, les auteurs n'en oublient pas pour autant de dresser le contexte social dans lequel baigne Driss. Et pour cela, ils n'ont pas forcément besoin de forcer le trait. Il leur suffit par exemple de le mettre face aux morceaux classiques que Philippe aime écouter, perplexe, et ne connaissant que peu de choses, puis s'exclamant d'un seul coup : « Ah ça je connais » ! Forcément, car c'est la musique de fond de « Bonjour, vous êtes bien aux ASSEDIC... le temps d'attente est de 20 ans ». Comme quoi il existe bel et bien de vraies comédies françaises, qui font rire aux éclats... et qui ont aussi quelque chose à dire.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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