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INSIDIOUS

Un film de
Avec

Fais moi peur !

James Wan est un réalisateur sympathique. Instigateur de LA franchise horrifique des années 2000, il aurait pu continuer à enchaîner les "Saw" (son film le plus faible, d’ailleurs) jusqu’à plus soif. Mais plutôt que de se reposer sur ses lauriers, le jeune australien aura préféré s’essayer à d’autres genres, toujours avec une énergie et une passion intacte. Thriller gore à twist ("Saw", donc), film d’épouvante gothique d’inspiration européenne (le magnifique et inédit "Dead Silence"), revenge movie hardcore ("Death Sentence" et son Kevin Bacon énervé), et aujourd’hui film de maison hantée, James Wan est décidément un homme de goût.

Écrit, comme ses deux premiers longs, par son ami (et acteur fétiche) Leigh Whannell, "Insidious" repose sur une connaissance approfondie des codes du genre abordé, ou plus exactement sur la volonté de s’approprier ces codes pour mieux en jouer. Durant une bonne heure de film, Wan se permet donc un enchaînement quasi-ininterrompu de portes qui grincent, d’apparitions fantomatiques et de déambulations dans des couloirs, clichés ultra-galvaudés que le cinéaste s'approprie avec une virtuosité qui laisse pantois. C’est bien simple, on avait pas eu aussi peur devant un film depuis les grandes heures de l’épouvante asiatique, quand l’atmosphère délétère et les mouvements de caméra impressionnistes plongeaient le spectateur au sein d’un train fantôme d’une efficacité rare.

Interprétée par l’excellente Rose Byrne, l’héroïne du film se voit donc contrainte d’expérimenter une terreur d’autant plus universelle qu’elle reste contrainte aux spécificités du médium cinéma. Jouant sur les zones d’ombres d’un cadre en perpétuellement mouvement, sur les effets simples d’un champs/contre-champs inconfortable, Wan ne se laisse aller ni au gore facile, ni aux jumps-scare habituellement de rigueur, préférant faire monter la tension jusqu’à une longue scène d’épouvante totalement flippante, qui fait littéralement basculer le film dans le fantastique démoniaque. Une séquence éprouvante, qui malheureusement sonne la fin d’un premier acte en forme de manifeste horrifique.

Dès lors, en introduisant de nouveaux personnages (dont un chasseur de fantômes campé par Leigh Whannell), Wan se perd dans un humour douteux et inapproprié, de même qu’une imagerie baroque et parfois ridicule. En laissant de côté la suggestion et son héroïne, pour s’attarder sur le mari de celle-ci (très bon Patrick Wilson) et la thématique du corps astral, Wan et son scénariste semblent renier tout le début de leur film, dans un décalque, certes fun (le « démon » a une sacrée gueule), mais complètement inutile, du "Jusqu’en enfer" de Sam Raimi. Affirmer que l’impact du film en prend sérieusement un coup serait encore trop gentil. Mais finalement, qu’importe la déception finale, tant la première partie du film tient carrément du miracle. Ne reste plus qu’à James Wan à se trouver un scénariste aussi courageux que lui, apte à ne pas laisser ses films partir en live dans leurs derniers instants. Car en ce qui concerne sa mise en scène, "Insidious" parle pour lui. Brrr !

Frederic WullschlegerEnvoyer un message au rédacteur

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