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THE INFORMANT!

Un film de Steven Soderbergh

Toute la naïveté d'un mythomane

Mark Whitacre est l'un des plus gros cadres supérieurs de sa société agroalimentaire ADM qui produit du maïs. Depuis quelques temps la société n'est pas aussi rentable qu'auparavant puisqu'un virus attaque la production. Mark reçoit alors un appel d'un de ses concurrents japonais l'informant qu'un de leurs employés est une taupe qui sabote les épis d'ADM…

La productivité de Soderbergh m'étonnera toujours. Il est aux antipodes d'un réalisateur comme Terrence Malick qui, en trente ans, n'a fait que trois films. Lui, il parvient à en sortir un par an lorsque ça n'est pas deux, comme cette année. Donc deux mois après avoir présenté son "Girlfriend experience" à Paris Cinéma, il revient à Deauville et à Venise pour nous offrir en avant première la projection de son dernier film.

"The informant !" est film qui surprend. Le terme "dérouter" serait même plus approprié. Visuellement parlant, tout d'abord, le grain de l'image est vieillot. De ce fait, l'histoire parait se dérouler dans les années soixante alors qu'il s'agit de faits réels s'étant produits de 1992 à 1998. Soderbergh choisit donc de jouer sur la désuétude et la frivolité pour nous raconter cette histoire d'espionnage industriel et de poursuites judiciaires. C'est malin d'un coté car cela s'accorde bien avec l'esprit distrait du protagoniste. Le réalisateur choisit, en plus, de ponctuer chaque séquence d'une petite réflexion futile de Mark, afin montrer sa simplicité d'esprit.

Tous ces éléments amènent un ton qui n'est pas sans rappeler celui de nombreux films des frères Coen et notamment leur dernier en date: "Burn after reading". C'est futé, mais tout cela bloque le semblant d'intensité dramatique du film. Les petits accords burlesques de la bande son viennent casser toute immersion à laquelle on s'attendait de la part d'une production avec un synopsis pareil. Cette forme parait donc de ce fait originale mais assez inappropriée.

Heureusement la deuxième moitié du film devient plus agréable à regarder lorsque l'on se rend compte des faits réels, et que l'honnêteté de Mark est questionnée. On est alors un peu plus charmé par ce personnage dont la naïveté cache un vice qui en est aux antipodes. C'est alors que tous les choix de Soderberg qui, justement, rendaient si dubitatif aux premiers abords apparaissent si judicieux. Il faudrait vous dévoiler un peu plus le contenu de l'histoire pour vous expliquer cela d'avantage et cela vous priverait, à mon sens, d'une des meilleures parties du film. Donc à vous de voir !

Alexandre RomanazziEnvoyer un message au rédacteur

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