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THE HUMBLING

Un film de Barry Levinson

Acteur à la dérive

Simon Axler, acteur, répète en se maquillant. Perturbé, il fait un cauchemar dans lequel, à l'extérieur du théâtre, personne ne le reconnaît. Fatigué, il saute dans la fosse, à la manière d'un suicidaire. Pourtant, sur le brancard sur lequel on le transporte, il continue à chercher le gémissement le plus juste. Une fois revenu chez lui, il pense à se donner la mort comme Hemingway, à l'aide d'un fusil...

"The Humbling" de Barry Levinson ("Bugsy", "Rainman"), avait été présenté à Venise, quelques jours après « Birdman » d'Iñarritu. Étrangement le film traitait d'un sujet assez proche - les tourments liés au métier d'acteur - tout en incarnant une sorte d'antithèse au niveau mise en scène. Car au brio des plans séquences du réalisateur mexicain récemment couronné d'un Oscar, se substitue ici une mise en scène beaucoup plus sage, entièrement vouée à garder en ligne de mire son égocentrique acteur principal, lui aussi en proie à ses démons intérieurs, à la peur de perdre son talent, et aux conséquences incontrôlées de ses actes dans le privé.

Adaptant « Le rabaissement » de Philip Roth (2009), Levinson déroule un récit éclaté, bourré de petites ellipses et d'interrogations, semblant mêler des bribes de réalité avec divers souvenirs et délires du dépressif chronique que constitue le personnage principal. Une fois de plus, Al Pacino s'avère absolument habité par ce rôle d'acteur à la dérive, égrainant les moments ratés de sa vie, et se rattachant à l'espoir de retrouver son « habileté à se rappeler des mots ». Autour de lui défilent divers personnages, de sa thérapeute virtuelle, jusqu'à un homme noir, en passant par les parents de cette fille qu'il n'avait pas revu depuis l'âge de 12 ans et qui devient son nouveau centre de gravité.

Allant presque jusqu'à faire douter de l'existence même de cette jeune femme qui s'entiche de lui, pourtant son aîné de presque 30 ans, la mise en scène pose de potentiels fantômes du passé comme des constantes du présent, symboles de regrets qui vous hantent, tout en donnant toujours l'envie d'espérer. Indomptable, Greta Gerwig (« Frances Ha », « Damsels in distress ») rayonne une nouvelle fois, en lesbienne “reconvertie”, entraînant dans son sillage tout un tas d'intrus dans la vie de l'acteur. De son côté, Pacino persiste à s'interroger sur le métier d'acteur, fasciné par le théâtre et le verbe, comme il a pu le faire dans son « Looking for Richard ».

Interrogeant sur la nécessité de savoir laisser bouleverser son quotidien, de permettre à des gens nouveaux de pénétrer dans son existence, « The Humbling » aborde le vieillissement avec ardeur, et la vie comme un tourbillon. Mais au delà, le film questionne la part d'interprétation de chacun et la persistance d'un espoir en l'avenir, malgré l'âge. Un film qui parlera certes plus aux passionnés de théâtre qu'aux amateurs d'action, mais qui saura séduire, à force de patience, à la fois les amoureux des acteurs et les adeptes d'un certain cynisme affiché.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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