Banniere-Berlinale-2019

HOSTILES

Un film de Scott Cooper

Un excellent western et bien plus…

Alors qu’il les a combattus toute sa vie, le capitaine Joseph Blocker se retrouve à devoir escorter un chef indien mourant sur ses anciennes terres, au cœur du Montana. Pour survivre durant ce périlleux périple, ils n’auront d’autre choix que d’apprendre à s’apprivoiser…

Étendard du cinéma outre-Atlantique durant de nombreuses décennies, le western a beau immortaliser des conquêtes d’un autre temps, il est l’un des genres au regard le plus aiguisé sur notre époque. Car l’écho de ces combats ethniques est bien souvent porteur d’un message fort sur la législation autour des armes et les divisions raciales qui perdurent dans le pays de l’oncle Sam. Déjà derrière les remarqués "Crazy Heart" et ""Les Brasiers de la colère", ", Scott Cooper poursuit son exploration des mythes américains en ayant totalement conscience de la symbolique de ses œuvres. Mieux, il a décidé de les embrasser pour les attiser et les enflammer. Dans son métrage, les Amérindiens ne sont pas des sauvages sanguinaires. Les colons ne sont pas des héros bienveillants. Si les thématiques sont classiques (la rédemption notamment), le traitement est résolument moderne, volontairement bavard pour souligner la dimension initiatique du parcours.

Pourtant, le film démarre sur les chapeaux de roues. Un travelling virevoltant suit des Peaux Rouges à l’assaut d’une ferme isolée. La scène est fulgurante. Éprouvante. Radicale. Puis, le cadre se pose. Joseph Blocker apparaît à l’écran. Ancien héros de guerre, il s’apprête à laisser tomber les épaulettes après de nombreuses années de bons et loyaux services. On lui impose alors une dernière mission dont le refus entraînerait immédiatement un passage devant la cour martiale : ramener au cœur du Montana un chef indien mourant. Celui-là même qui a massacré plusieurs de ses amis et qu’il a pourchassé durant des campagnes éprouvantes. Le début d’un horse-trip dans les sublimes paysages montagneux de l’Ouest américain où la balade ne sera jamais de tout repos.

Malgré une structure trop mécanique et redondante (randonnée, fusillade, feu de camp propice aux discussions philosophiques, randonnée, fusillade, feu de camp propice aux discussions philosophiques, etc.), "Hostiles" demeure captivant à tout instant. La composition musicale de Max Richter y est pour beaucoup, la performance de Christian Bale tout autant. À la limite du cabotinage, le comédien parvient à rester du bon côté de la frontière, incarnant avec brio un soldat dont les guerres du passé ne peuvent plus dicter sa morale. Odyssée magnétique et magnifique, le film est indéniablement un grand western. Mais c’est un aussi un grand moment de cinéma, une fresque épousant un genre avec un profond respect tout en multipliant les nuances et les subtilités pour atteindre une universalité vibrante. Scott Cooper n’a pas raté sa cible !

Christophe BrangeEnvoyer un message au rédacteur

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