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HIDE YOUR SMILING FACES

Drame au coeur de l'Amérique rurale

Eric, 14ans, et son petit frère doivent faire le deuil d’un ami mystérieusement disparu…

S’ouvrant sur la scène d’un serpent, la proie en bouche, le réalisateur nous prévient immédiatement : la mort va être omniprésente. Au milieu d’un univers masculin, où les femmes sont quasiment absentes de l’écran, la caméra suit le parcours de deux jeunes frères essayant de surmonter le décès d’un de leurs amis, mort qui va traumatiser toute la petite bourgade. Mais intelligemment, le réalisateur reste à hauteur des enfants, la caméra se plaçant toujours de leur point du vue. Il s’agit alors de s’intéresser aux états d’âme d’adolescents, à leur quête de spiritualité, ou encore aux questionnements qui hantent leur esprit. Profondément perturbés par les évènements, la violence et la rage qu’ils intériorisent vont ressurgir dans des séances de lutte, où l’enjeu est bien plus important que de terrasser son adversaire.

Dans une mise en scène minimaliste, où les silences prennent toute leur place, la nature est montrée avec une beauté indéniable, les plans larges inscrivant les enfants dans de grands espaces étant récurrents. Progressivement, les adolescents vont se réfugier dans cette nature sauvage, communier avec elle pour oublier les évènements des jours passés. Et alors qu’on aurait pu penser que le plus jeune soit le plus affecté, c’est l’ado de 14 ans qui accuse le coup, effrayé par la mort. Devenant de plus en plus instable, s’enfonçant dans un mutisme pour rejeter les émotions qui le traversent, son comportement devient de plus en plus inquiétant. Emmenant dans son parcours initiatique son jeune frère, qui serait prêt à tout faire pour son modèle, une relation passionnelle et ambigüe entre eux se développe au fil des minutes.

Néanmoins, si "Hide your smiling faces" permet de saisir l’état d’esprit adolescent, il en oublie parfois d’insuffler un rythme au parcours de ces deux enfants. Et lorsque le réalisateur cherche à expliciter les inquiétudes de ces deux protagonistes principaux, c’est avec une certaine maladresse, ce qui atténue fortement la magie et la subtilité du métrage. La scène du repas post-enterrement est ainsi exemplaire des écueils dans lesquels le film a tendance à tomber. Le temps suspendu de cet été finit par donner des scènes redondantes, malgré le talent des deux jeunes comédiens, présents dans la quasi-totalité des plans. Et c’est finalement un peu déçu que nous ressortirons de la salle de cinéma…

Christophe BrangeEnvoyer un message au rédacteur

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