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HERCULE

Un film de
Avec

Un mythe transformé en (mauvaise) salade grecque !

Un peu d’Histoire pour commencer. Selon la mythologie, le bien-nommé Héraclès (Hercule étant son appellation dans la mythologie romaine) constitue encore aujourd’hui l’un des plus grands héros de la Grèce antique, irrémédiablement lié à ses fameux Douze Travaux réclamés par Eurysthée, considéré comme un grand voyageur doublé d’un puissant guerrier au parcours jalonné d’aventures incroyables. On se permet d’évoquer cela pour bien indiquer (et ce n’est pas une surprise) qu’en dépit de son envie de « montrer l’homme derrière la légende », le réalisateur Brett Ratner a su rester fidèle à sa quête opportuniste de nivellement par le bas en ce qui concerne l’exploitation des mythes culturels les plus fédérateurs. Ne pas s’y tromper : le statut de demi-dieu ou de guerrier surhumain ne s’appliquera jamais à cet Hercule-là. Parce que le seul dieu vivant ici, c’est Hollywood. Et quand ce dernier se laisse griser par sa quête de pouvoir, toute notion de mythologie se retrouve enchaînée, forcée de subir scène après scène le pire des supplices.

Du coup, au revoir les Douze Travaux, ici réduits au rang de trois vignettes compilées vite fait mal fait dans la scène d’ouverture. Bye-bye la dualité fascinante d’un héros à la force divine mais à la fragilité humaine, qui aura été jusqu’à massacrer toute sa famille suite à un empoisonnement de la déesse Héra (ici, ça ne se passera pas exactement comme ça…). Et surtout, bonjour à un énième personnage de mercenaire bodybuildé au grand cœur (Dwayne Johnson, égal à lui-même), n’ayant pour seul objectif que de savourer le calme auprès des siens tout en allant quand même charcuter du méchant avec ses potes quand on lui en donne l’occasion. Outre cette caractérisation à contre-sens total d’une figure aussi légendaire, Ratner va même jusqu’à filmer une Grèce antique digne d’une société cartésienne et très yankee dans l’âme, où l’on cause comme aujourd’hui (les mots « sédatif » et « connard » existaient-ils à l’époque ?), où toute divinité ne sert qu’à faire joli dans un coin du décor, où les icônes de la légende d’Hercule voient leur sens premier violé à plus d’un titre (l’hydre de Lerne était donc composée d’humains coincés dans une panoplie de monstre… QUOI ?!?) et où l’image d’un individu héroïque se bâtit à travers son désir de multiplier les morts sur les champs de bataille. Voilà bien le genre d’énormité narrative, point culminant d’un scénario jamais à court de bêtises, qui mériterait à elle seule un Oscar.

De la même manière que Paul W.S. Anderson enfonçait son "Pompéi" dans des abysses de stupidité, Brett Ratner n’utilise donc le mythe d’Hercule que pour en faire le réceptacle le plus insignifiant des enjeux les plus éculés du blockbuster hollywoodien grand public, tout juste épicé de quelques scènes de batailles relativement brutales où l’on met toutefois la pédale douce sur les giclées de sang. Ce qui sauve tout juste le film du naufrage intégral reste un alliage honnête entre une photographie assez soignée de Dante Spinotti et le joli travail de Jean-Vincent Puzos ("Amour") sur la direction artistique. Visuellement, "Hercule" n’a donc rien de honteux. En tant que tel, il se révèle même assez potable sur la forme, tout comme il se hisse sans peine au-dessus de la récente (et minable) version de Renny Harlin. Mais l’infâme débilité de son scénario agit comme un fléau irrémédiable. Et pourtant, Brett Ratner nous le répète une fois de plus avant le générique de fin : la véritable histoire d’Hercule, c’est celle-là. Irresponsable, va.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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