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HALAL POLICE D'ÉTAT

Un film de Rachid Dhibou

Éric et Ramzy au flop de leur forme

À Paris, un tueur en série décime les épiciers arabes. Lors d’une de ses attaques, il tue également une diplomate algérienne. Deux policiers algériens sont alors envoyés pour aider les enquêteurs français…

Que celles et ceux qui n’apprécient aucunement l’humour absurde et régressif d’Éric et Ramzy passent leur chemin, car c’est le principal atout du film, et même celui-ci est trop inégal ! On pourrait presque se contenter de cette phrase en guise de critique, tant ce film est mal ficelé, ne parvenant que trop irrégulièrement à mettre en valeur le style spécifique de ce duo qui vire souvent au burlesque bon enfant. Après une première partie somme toute prometteuse (notamment avec une sympathique autodérision concernant l’Algérie), tout part malheureusement dans tous les sens, avec une écriture foutraque et une réalisation grossière voire sans style, qui ouvre trop de pistes sans parvenir à les exploiter.

C’est tellement bâclé que l’humour tombe souvent à plat, même quand les gags ont un réel potentiel de départ. Se côtoient alors de vraies âneries, de l’humour plus que balourd, mais aussi de la farce quelquefois hilarante et des tentatives de parodie. Sur ce dernier point, le film échoue assez lamentablement : si la référence à "Psychose" est assez nette avec le personnage du réceptionniste de l’hôtel, les autres passent inaperçues parce qu’elles sont mal intégrées à la mise en scène, à tel point que le spectateur se demande parfois s’il n’aurait pas imaginé lui-même un clin d’œil qui n’était pas intentionnel – par exemple, le plan de Ramzy dans la voiture enfumée est-il une référence consciente à la scène de sexe de "Titanic" ? Il faut toutefois convenir que le film s’inspire aussi d’une série de films algériens des années 60-70 (avec comme héros l’inspecteur Tahar incarné par Hadj Abderrahmane) et que ceux-ci sont évidemment plus que méconnus pour le public français (y compris chez la jeune génération d’origine algérienne). L’appréciation de "Halal police d’État" peut donc varier en partie selon la capacité de percevoir ces références culturelles très spécifiques.

Au final, il y a de quoi être déçu, car le potentiel de départ était là, notamment dans ce que le film pouvait dire des différences culturelles et des discriminations en les tournant en dérision. Mais sur ce point, le film ne fait guère preuve de finesse, s’avérant même très lourdingue lorsqu’il s’agit de jouer avec les clichés. Certes, l’intention est de s’en moquer. Mais force est de constater que ça ne fonctionne que trop rarement, dans quelques fulgurants excès d’inspiration, comme lorsqu’un personnage blond se fait expulser d’Algérie alors qu’il clame qu’il est un « vrai Algérien ».

Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

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