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HABEMUS PAPAM

Un film de Nanni Moretti

Le Pape fait de la résistance

Le Pape est mort et les cardinaux se réunissent pour en élire un nouveau. Après délibération, le nouveau chef de l’Église n’ose pas prendre ses fonctions. Bien que le porte parole du Vatican fasse appel au meilleur psychanalyste du pays, le nouveau Pape décide de fuir le Vatican...

Nanni Moretti, habitué du festival de Cannes (où le film était présenté en compétition en 2011), est un réalisateur engagé, dont la force est de pointer du doigt, sans jamais dériver dans la dénonciation facile. Il excelle plutôt dans la subtilité. Dans « Habemus Papam », l’acteur/réalisateur, primé d'une palme d’or pour « La Chambre du fils » en 2001, revient avec une histoire pouvant arriver à n’importe qui, mais qui prend une ampleur biblique lorsqu'elle advient au plus haut souverain religieux du monde (non, pas Tom Cruise. L’autre).

Quand on n’a, probablement quelques unes des plus grandes responsabilités du monde, il est normal, surtout au tournant d’une vie (la crise de la quarantaine par exemple), de se remettre en question. Mais quand cette remise en question remet en cause la foi elle même et que l’on se trouve être le Pape, on peut dire que c’est alors l’arrivée de beaucoup d’ennuis. Dieu, par l’intermédiaire des cardinaux choisit son héraut, ce qui implique que celui-ci n’a pas le droit de douter. Le doute remettant en cause le choix de Dieu et donc indiquant que ce dernier s’est trompé (et par conséquent n’existe pas). Mais plutôt que de se lancer dans une croisade qui plairait énormément à Richard Dawkins, Moretti ne veut pas (ce n’est pas le sujet après tout) remettre en question l’existence de Dieu (bien que Moretti semble être athée), mais s'évertue plutôt à parler des troubles de la vie et des questions que l’on peut se poser tout au long de notre existence (« ai-je fait le bon choix de carrière ? », « Aurai-je du pardonner ? », « Qui joue en 3ème base ?»). C’est dans la recherche de réponses à ces questions que son Pape semble se lancer.

En parallèle de la quête personnelle extérieure du Pape, Moretti joue au cheval de Troie dans l’enceinte du Vatican. Afin de cacher au monde entier que le Pape s’est enfui, le meilleur psychanalyste du pays (Moretti), appelé pour le raisonner, est retenu prisonnier jusqu’au retour du chef de l’Église. À partir de là, c’est une succession de scènes plus drôles les unes que les autres. Il faut voir Moretti apprendre l’existence de paris organisés par des bookmakers anglais sur l’élection du Pape ou organiser un tournoi de Volley pour se rendre compte de qui sont vraiment les cardinaux. N’ayant pas son client désigné, il va mener une thérapie sur l’ensemble des religieux. Et au réalisateur de réussir le parfait équilibre entre une double découverte de la vie : celle du Pape en extérieur et celle des cardinaux, menée par ce fauteur de trouble de Moretti, en intérieur. Le tout sans blesser religieusement personne.

« Habemus Papam » est donc une jolie comédie sur la vie, sur la recherche de soi, qui rappelle exactement que même si l’on est l’être le plus proche de Dieu, comme disait Alex Murphy « Après tout, nous ne sommes que des humains ».

François ReyEnvoyer un message au rédacteur

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