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GREENER GRASS

Comédie expérimentale

Dans une banlieue modèle, Jill donne son bébé à son amie Lisa. Ce geste inconsidéré va progressivement la conduire au doute et à la remise en cause de tout le système factice dans lequel elle vit…

Certains ont dit que ce film ressemblait à un épisode de "Black Mirror" réalisé par Wes Anderson, d’autres y ont vu David Lynch derrière un épisode de "Desperate Housewives". Ce que ces deux commentaires disent, c’est qu’il y a une esthétique télévisuelle dans ce film. Une esthétique factice, de studio, très pop, derrière laquelle semble exister une noirceur, ou un vide. Cela nous dit également que ce film tente d’approcher la société comme un système que l’on peut dériver de la pensée humaine et de son inconscient. Un système que seul un pas de côté hors de la réalité peut permettre de correctement observer. C’est effectivement ce que font Jocelyn DeBoer et Dawn Luebbe quand elles mettent des appareils dentaires à tous leurs personnages adultes, qu’elles se trompent de maris à un barbecue, qu’elles s’échangent un bébé, que l’une tombe enceinte en mettant un ballon sous sa robe et qu’elle accouche donc, logiquement, d’un ballon, pour lequel elle organise une « balloon shower ».

Les deux réalisatrices font le choix de créer un univers complètement factice qui pousse à fond tous les clichés de la banlieue américaine. Cet univers est ouvertement absurde et tous ses habitants semblent avoir entre eux un accord tacite pour considérer que le monde dans lequel ils vivent est normal.

Mais dès lors, pourquoi la crise existentielle de Jill, incompatible avec le cœur même du lieu et pouvant le mettre en danger, n’a aucune conséquence pour la pauvre victime ? Pourquoi des personnages, qui n’ont aucun recul sur ce qu’ils vivent, tentent sans cesse de faire de l’humour ?

Ainsi, cette absence de distance entre les personnages et leur monde et le manque de risque et d’enjeux pour les personnages font que cette farce fluorescente tombe plutôt à plat, ou plutôt s’apparente à un soufflet : derrière un verni et un concours prometteur, il n’y a que du vide qui s’effondre sur lui-même.

Dommage donc, mais il y a de nombreuses idées à exploiter, avec peut-être plus de parcimonie.

Thomas ChapelleEnvoyer un message au rédacteur

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