Parce qu'on en a jamais assez !

LE GRAND SOIR

No future !

Les Bonzini tiennent le restaurant « La Pataterie » dans une zone commerciale. Leur fils ainé, Not, est le plus vieux punk à chien d’Europe. Son frère, Jean-Pierre, est vendeur dans un magasin de literie. Quand Jean-Pierre est licencié, les deux frères se retrouvent…

Film après film, ces trublions du cinéma que sont Benoît Delépine et Gustave Kervern continuent de marquer leur singularité. Passés du surréalisme poétique de leurs débuts à une certaine forme de revendications sociales, le diabolique duo du Groland s’affirme continuellement comme le poil à gratter, le caillou dans la chaussure, d’une production hexagonale encore bien trop frileuse. Mais si leur verve et leur juste colère semblent intactes, c’est bien la première fois qu’on sent comme une légère stagnation, autant dans le propos que dans la forme.

Tant par son propos (tirer à boulets rouges sur le système des zones artisanales et des centres commerciaux) que par sa facture formelle (casting de stars en roue-libre et esthétique réaliste), "Le Grand Soir" semble s’inscrire dans la veine des deux précédents films du duo. Mais sans doute phagocyté par l’énergie communicative de ses incroyables acteurs principaux, le film ne dépasse jamais le stade de la « simple » comédie déjantée et paresseuse, n’ayant ni l’agressivité salutaire de "Louise-Michel", ni la stricte beauté picturale et narrative de l’extraordinaire "Mammuth".

N’exploitant jamais un décor (une zone commerciale) pourtant propice à leur sujet, Delépine et Kervern semblent donc marquer le pas. Ou tout du moins montrer leurs limites. Mais heureusement, le film offre parfois de sacrés numéros d’acteurs (Poelvoorde grimaçant devant la vitre sans teint d'un restaurant ou s'amusant avec des caméras de surveillance, dialogues de Dupontel sur les normes et tentative d'immolation par le feu, confrontations avec des parents commerçants indignes, dont Brigitte Fontaine...). De quoi se consoler en attendant le prochain forfait du duo, qu’on espèrera un peu plus mordant que ce "Grand Soir"…

Frederic WullschlegerEnvoyer un message au rédacteur

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