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GOOD TIME

Un film de genre barré et esthétique

Suite à un braquage ayant mal tourné, Nick est arrêté. Son frère Connie envisageait alors de payer la caution pour le libérer, mais suite à un concours de circonstances, il va finalement choisir de le faire évader. Le début d’une nuit très compliquée…

Un grand colosse à l’esprit limité. Un psychiatre aux boucles gominées un brin condescendant. Des champs-contrechamps. Le nouveau film de Ben et Joshua Safdie s’ouvre paisiblement. Puis, un zoom inattendu vient briser la symétrie du cadre. Apparaît Connie, le frère nerveux. Le récit s’emballe. On retrouve les deux frangins en train de braquer une banque, sans arme ni haine mais avec violence. La suite sera un trip époustouflant dans les rues crasseuses de New-York où le naturalisme des deux prodiges du cinéma indé se confronte pour la première fois à une pure fiction. Pour autant, chaque scène est empreinte du regard si particulier de ces réalisateurs, où les multiples références visuelles épousent un romanesque proche du Nouvel Hollywood, conviant les bons souvenirs de Cassavetes et de Scorsese époque "Mean Streets" à des codes pop et clipesques.

Ce qui fait la force de ce thriller survitaminé est probablement son concept minimaliste, celui d’une fuite en avant vers un objectif impossible, une descente inéluctable vers le désastre. À l’image de cette bouteille de LSD Ô combien métaphorique, plus le liquide se répand avec son lot de substances hallucinogènes et plus Connie sombre dans la folie, embarquant dans son sillon toutes les personnes qu’il ramasse en chemin. Dans le rôle de ce beau parleur aux intentions ambigües (agit-il par égoïsme ou par amour véritable ?), Robert Pattinson excelle en voleur romantique et prouve une nouvelle fois que "Twilight" n’était que le point de départ d’une filmographie osée et enthousiasmante.

Au-delà de la performance des acteurs, "Good Time" est un shot d’adrénaline pur, un métrage ultra-rythmé qui parvient à alterner les thématiques (rédemption, évasion, amour fraternel) avec brio. Avec sa bande sonore enivrante et anxiogène signée Oneohtrix Point Never, le film est une claque, une expérience sensorielle où la caméra saisit aussi bien les pérégrinations déjantées de ces êtres à la dérive qu’un état d’esprit, une extravagance étonnement émouvante. Se recouvrant d’une tendance buddy-movie, les nombreuses séquences brillantes (le parc d’attraction notamment) ainsi que le travail sur l’image – pas loin d’être virtuose – font de ce nouvel essai arty des Safdie une vraie réussite, un premier pas vers des œuvres plus accessibles tout en gardant l’âme de leur cinéma. Chapeau les artistes !

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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