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GIBRALTAR

Un film de Julien Leclercq

Mouillé, jusqu'au cou

Marc est père de famille français exilé à Gibraltar depuis plusieurs années avec sa femme. À eux deux, ils ont un voilier et un bar mais beaucoup de dettes. Pris à la gorge par ses traites, Marc ne sait plus quoi faire pour sortir la tête de l'eau. Un jour, Glacose, son voisin du port, lui présente un agent des douanes françaises qui va lui proposer de devenir informateur en échange de dix pourcent sur la valeur des saisies basées sur ses renseignements…

L'argent au cœur des problèmes… Bien de pauvres âmes sont prêtes à s'engluer dans de délicates situations pour de belles liasses billets. C'est le cas de Marc Duval qui, criblé de dettes, a d'abord dû s'évader sur Gibraltar avec le crédit de sa banque pour continuer à s'endetter sur cette île britannique revendiquée par les espagnols. Il faut dire que ce territoire est stratégique d'un point de vue militaire et surtout commercial. Les politiques, mais surtout les narcotrafiquants l'ont bien compris. Dans les années 80, cette île faisait office de plaque tournante pour le transfert de résine de cannabis entre le Maghreb et l'Europe.

Consciente de ce problème, la douane Française lui met le grappin dessus. Marc Duval possède un bar, où bon nombre de trafiquants se réunissent et, étant au fait de la situation de Marc vis-à-vis des banques, l'administration douanière, représentée par l'inspecteur Belimane, va lui proposer de belles sommes d'argent en échange de renseignements. C'est le début de l'engrenage. Pour le reste de l'histoire, le scénariste d'"Un Prophête" et "Mesrine", Abdel Raouf Dafri, s'inspire ici du vécu de l'ex-aviseur des douanes françaises, Marc Fiévet, entre la fin des années 80 jusqu'au milieu des années 90 lorsqu'il finit par être interpelé par Interpol.

Deux ans après "L'Assaut", relatant la prise d'otage du vol Alger-Paris sur l'aéroport de Marignane, Julien Leclercq revient donc avec un nouveau thriller à forte connotation politique. Le territoire est idéal et l'histoire de Marc Fievet, assez révoltante pour en faire un bon film politique tel que "L'Ordre et la morale". Malheureusement, on ressent une réticence de la part du réalisateur à attaquer le versant politique de front pour se concentrer sur le film de genre. Si avec "L'Assaut", les fait relatés parvenaient à maintenir à eux seuls une tension constante, force est de constater que ce n'est pas suffisant pour "Gibraltar". Le manque de prise position sur les méthodes douteuses des douanes françaises retire une bonne partie de la sève de ce long-métrage qui aurait gagné à développer les jeux politiques.

Au lieu de cela, Julien Leclerq divise son film en trois chapitres, matérialisant chacun les prises de risques successives de Duval. Ce parti pris narratif n'évite pas certaines longueurs venant plomber la majorité des rebondissements pourtant excellemment mis en scène à maintes reprises. Un montage plus serré, notamment pour les deux premières parties, aurait certainement permit au film de conserver son intensité tout du long.

Malgré ce potentiel quelque peu ruiné, "Gibraltar" reste un thriller digne d'intérêt notamment pour sa forme et son casting. Comme à son habitude (Cf. "Chrysalis"et "L'Assaut"), la forme est ultra soignée. Julien Leclercq nous fait faire un voyage en 1987 avec le sens du détail nécessaire pour nous plonger dans l'ambiance des années 80-90 sans sourciller. La photographie sombre fait son retour et se marie par ailleurs très bien avec le pessimisme de l'ambiance et les couleurs un peu passées que l'on associe aux films d'époque. Mais ce qui empêche de décrocher, ce sont les interprétations de qualité dont la grande majorité des comédiens fait preuve. Gilles Lelouche est impeccable de justesse pour un rôle difficile à maintenir crédible, Riccardo Scamarcio déploie une aura qui sied parfaitement au statut de narco trafiquant de Claudio Pasco Lanfredi, tandis que Tahar Rahim s'en sort avec son rôle de douanier oscillant entre manipulation et remords. Leurs excellentes prestations permettent de combler certaines faiblesses d'écriture exposant entre les relations certains personnages, notamment l'invraisemblable confiance et amitié que Claudio Pasco Lanfredi accorde instantanément à Marc Duval.

Alexandre RomanazziEnvoyer un message au rédacteur

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