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FROM THE WILD SEA

Un film de Robin Petré
Avec

L’Homme face à ses propres dégâts

Face aux conséquences de tempêtes hivernales toujours plus violentes, de la pêche industrielle et du passage de navires cargo hors normes, de nombreuses structures tentent de venir en aide aux animaux ou oiseaux marins. Des phoques sont ainsi retrouvés blessés, soignés et remis en liberté. Des dauphins présentent des marques d’hélices ou de filets. Des cygnes sont devenus noirs à cause du mazout…

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En quelques images le sujet est posé. Un phoque effrayé, dans une petite cage s’affiche en gros plan sur la grève, avec des gens au second plan. Une attroupement se forme, appareils photos ou vidéo en main, laissant passer un groupe de cygnes se dirigeant vers l’eau. En fond passe un gigantesque cargo. La différence d’échelle est marquante. L’intensité de la tempête frappant des falaises impressionne. Nature comme activité humaine mettent les animaux en danger, mais il existe des gens pour les recueillir et les soigner, afin, un jour, de les relâcher.

Sans voix-off ni commentaire, Robin Petré donne non seulement à voir les différentes étapes de nettoyage, nourriture, soin, de chacun des animaux suivi, mais il nous confronte aussi à la peur de ceux-ci face à un environnement inconnu, leur curiosité craintive face à l’humain, captant avec patience le regard d’un phoque caché derrière la baignoire qui trône dans sa cellule, celui d’une baleine échouée qui s’éteint, ou ceux de cygnes empaquetés pour mieux les transporter, à la manière d’objets communs (raquette de tennis, jambon, instrument… la comparaison est inévitable).

Passant par l’Irlande, les Pays Bas, ou les Cornouailles, le documentaire est ponctué de bulletins sur les tempêtes, et évite les dialogues, sauf lorsqu’il s’agit d’évoquer la formation des intervenants ou de constater l’état d’un animal. Mais au final l’objectif est atteint, car au fil des interventions, il nous confronte à l’apparente violence que revêt le contact avec l’humain. Les phoques sont ainsi intubés par des soignants leur tenant la tête dans un torchon, régurgitant au passage du plastique avalé. Les cygnes sont nettoyés à grand coups de brosse, les frottements ménageant peu leurs cous flexibles. Les images sont frappantes, finement calculées, comme avec la perspective sur la table métallique sur laquelle s’opère l’autopsie d’un dauphin (l’un de passages les plus cliniques du film).

Et au-delà de l’utilité du travail accompli, de la pédagogie qui l’accompagne, ce sont bien à la fois l’impuissance de l’Homme face à la nature, mais aussi ses propres responsabilités qui sont mis en évidence (pollution plastique, changement climatique, marées noires…) dans ce fascinant et mélancolique documentaire danois.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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