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FRANNY

Un film de Andrew Renzi

Portrait impressionnant d’un homme sur la corde raide

Francis Watts, alias Franny, a tout pour lui. Aussi beau que riche, il devrait mener une vie de rêve. Sauf que le décès de ses deux meilleurs amis va le plonger dans une dépression dont seule la fille de ces derniers pourrait peut-être l’aider à s’en sortir…

Après avoir notamment été le producteur de l’excellent "Two gates of sleep", Andrew Renzi passe pour la première fois derrière la caméra pour un long métrage de fiction. Son film débute comme un beau conte sur l’amitié, où Francis, un homme excentrique, respire le bonheur lorsqu’il est avec ses deux amis de toujours, Mia et Bobby. Ensemble, ils parlent de construire un hôpital pour enfants, ont des projets pour l’avenir et fument des petits joints de temps en temps. Sauf que ce cadre idyllique va devenir cauchemar lorsque le couple perd la vie dans un accident de voiture dont Franny est en partie responsable. Jamais, il ne s’en remettra.

Désormais hirsute enfermé dans sa forteresse de solitude, il a perdu presque tout contact avec le monde extérieur. Mais un coup de fil va tout changer. Lorsqu’il apprend qu’Olivia, la fille de ses amis décédés, revient à Philadelphie, l’homme est prêt à recommencer à vivre. Car il aime cette petite comme sa propre fille, car il est capable de toutes les folies pour elle, car il veut que l’enfant qu’elle va mettre au monde ne manque de rien. Sublimé par un 35 mm gracieux et par une mise en scène esthétique, "Franny" est bien plus que le récit d’un philanthrope exubérant qui pense que l’argent peut acheter l’amour. Le film est l’histoire d’un homme bien, tourmenté par son passé et ses démons, qui se perd dans son obsession d’être aimé de tous, seule illusion qui le rappelle encore à l’homme qu’il était.

Face à Dakota Fanning et sa beauté candide, c’est Richard Gere qui prête ses traits à ce personnage haut en couleur, aussi bien dans le style vestimentaire que dans son caractère. Le comédien livre une prestation époustouflante, parvenant en une simple expression à retranscrire toutes les émotions contradictoires de son personnage, les hauts et les bas de ses humeurs et de ses addictions. Mais cette démonstration n’aurait pas été la même si le film ne possédait pas cette capacité à agripper le spectateur et à faire du moindre détail un moment perturbant.

À chaque seconde, on se dit que le pire peut arriver, on se dit que Franny va faire une bêtise et commettre l’irréparable, on se dit que les autres vont être lassés de ses discours embarrassants et de ses cadeaux inappropriés. Et, à l’image de ce protagoniste volubile et insaisissable, cette comédie dramatique se renouvelle en permanence pour nous emmener toujours plus loin dans la spirale fantasque d’un homme en permanence dans la représentation – subterfuge pour ne pas se confronter à ses propres problèmes. Le métrage avait alors tout pour sombrer dans la caricature ou les invraisemblances. Pourtant, c’est tout le contraire qui se produit, la magie en plus.

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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