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FRANCES HA

Un film de Noah Baumbach

Undatable

Frances a plus l’air de s’amuser avec sa copine qu’avec son petit ami. Cette dernière est sa colocataire et toutes deux font les 400 coups. Un jour celle-ci lui annonce qu’elle souhaite déménager, mettant Frances face à son inorganisation et son incapacité à vivre seule…

Le personnage de Frances est comme une sorte de Woody Allen au féminin. Elle réfléchit trop, se prend la tête pour la moindre broutille, dit ce qu'elle pense quitte à passer pour une tarte, et souligne à haute voix ses propres défauts. Jeune femme plus vraie que nature, elle est touchante par sa spontanéité, mais finirait par agacer n'importe quel adulte, sur la durée. Car Frances semble être restée bloquée dans l'adolescence. Pas encore tout à fait devenue adulte, elle est incapable de s'organiser une vie et va donc chercher à se rassurer en s'entourant... de nouveaux colocs.

Frances, c'est avant tout Greta Gerwig, une jeune actrice américaine, qu'on a pu voir chez Woody Allen, dans le décevant "To Rome With Love", et apprécier plus récemment dans le truculent "Damsels in Distress", une comédie ado cynique à souhait. Noah Baumbach ("Greenberg") lui offre ici ce que l'on qualifier de rôle phare, la comédienne livrant un véritable feu d'artifices d'émotions et de mimiques, sur la base d'un texte calibré sur mesure. Elle réussit de bout en bout à conserver la fraîcheur et les traits de ce personnage, qui font de Frances un être à part, que les autres ne peuvent s'empêcher de regarder avec stupéfaction, un sourire aux lèvres, ou profondément agacés.

Quant au scénario, il perpétue le mythe de la cohabitation tout au long du métrage, soulignant par sa structure spatiale et temporelle même l'évolution de cette grande adolescente de 27 ans au grand cœur, aussi dynamique que bougonne, prête à tout pour ses amis. Le film est ainsi chapitré selon les différentes adresses auxquelles Frances va vivre, de Brooklyn à Sacramento (chez ses parents) en passant notamment par Paris : une série d'endroits où elle ne sera chez elle nulle part, comme pour mieux souligner son éternelle instabilité.

On ne saurait donc que trop vous conseiller d'aller à la rencontre de Frances Ha, jeune femme gaffeuse et pipelette, toujours positive malgré le regard que les vrais adultes posent sur elle, entre incrédulité et mépris. Un joli portrait, en noir et blanc, qui vous fera attendre jusqu'aux dernières secondes pour découvrir la signification de son titre, au travers d'un dernier gag plutôt bien senti, qui résume à lui seul parfaitement la maladresse du personnage principal.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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