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FLIGHT

Un film de Robert Zemeckis

L’alcool ou la vie

Dur réveil pour le capitaine Whip Whitaker, pilote de ligne de courrier domestique. Après avoir avalé un peu d’alcool et de coke au lever, pour se remettre d’aplomb de sa tumultueuse nuit en compagnie d’une de ses hôtesses de l’air, il est attendu pour un vol dans moins de deux heures. Arrivé sur place, les conditions météorologiques sont loin d’être optimales et, après un laborieux décollage, les choses ne vont pas s’arranger en vol…

A la vue d’une ouverture sur un sublime fessier et l’usage de drogues dures, il est difficile à réaliser que « Flight » est l’œuvre d’un réalisateur comme Robert Zemeckis, habituellement si prude dans le choix de ses thématiques. Ce qui est certain, c’est qu’il ne cessera d’étonner tout au long de son dernier opus, bien loin de tous les films familiaux qu’il a pu produire ou réaliser au long de sa carrière. Car le réalisateur de « Seul au monde » ne délivre pas seulement ce drame catastrophe très hollywoodien que l’on serait en droit d’attendre à la lecture du synopsis. Il va beaucoup plus loin.

Après une séquence absolument dantesque, complètement renversante, qui ne manquera pas de terroriser pour de bon les flippés des transports aériens, Zemeckis réserve à son audience la gestion de l’après-drame du point de vue de ce pilote hors-norme, Whip Whitaker, capable de faire atterrir un appareil voué au crash, tout en ayant un taux d’alcoolémie astronomique dans le sang. Sorte de dérivé de l’histoire vraie du pilote québéquois Robert Piché et du crash du vol 261 Alaska Airlines en plein océan pacifique, « Flight » est écrit et orchestré avec beaucoup de finesse grâce à la patte du scénariste John Gatins, qui réussit à rendre cet exploit héroïque plausible.

D’abord encensé en héros, Whip Whitaker déchante lorsqu’un rapport sanguin fait son apparition, dévoilant des taux d’alcoolémie bien au-dessus du seuil légal dans le sang du pilote et de l’une des hôtesses qui, elle, a péri lors du crash. C’est avec ce portrait d’un protagoniste trouble et ambigu que le film prend toute son ampleur, même si de multiples embranchements dans la narration pourraient dérouter le spectateur. On passe de la gestion du drame humain à celle d’un procès d’envergure, en passant par les problèmes d’addiction de deux personnages qui lient une relation intime et privilégiée, mêlée à des problèmes familiaux.

Néanmoins, le montage et l’orchestration absolument efficace de la narration opérés par Zemeckis tiennent en haleine, et le réalisateur démontre tout son talent lors de séquences mettant l’accent sur l’introspection de ses personnages (la séquence de la chambre d’hôtel est à ce titre assez virtuose). Enfin, il parvient, avec une subtilité sans égale, à dresser le portrait d’un ivrogne empêtré dans le déni de sa propre addiction, qui passe du statut de héros à celui de meurtrier. Zemeckis n’hésite pas à jouer avec la portée biblique de son sujet en insérant de fabuleux instants sur la foi et les explications que donnent les croyants aux évènements fortuits. Denzel Washington offre quant à lui certainement l’une de ses plus impressionnantes interprétations, toute en finesse. A l’image du film lui-même…

Alexandre RomanazziEnvoyer un message au rédacteur

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