FINAL GIRL : LA DERNIÈRE PROIE

Un film de Tyler Shields

Un conte moderne inabouti

Quatre amis partagent un hobby particulier : attirer de jeunes femmes blondes au fond d'un bois pour les chasser puis les tuer. Dans un esprit de vengeance, un autre homme, William, entraîne patiemment une jeune orpheline, Veronica, pour affronter cette bande lorsque sa protégée sera majeure…

Sortie en DVD le 15 avril 2015

Le scénario est un mélange de déjà-vu et de grand n'importe quoi. Du déjà-vu parce que ça sent parfois "Nikita" (et autres histoires de formation de femmes de combat), ça ressemble à peu près à n'importe quel film de vengeance lambda et ça lorgne aussi du côté des films de tueurs sadiques des années 1990-2000 de type "Scream" ou "The Hole". Du grand n'importe quoi parce que ce qui motive William n'a pas vraiment de cohérence... à moins qu'il ne soit aussi cruellement vicieux que les quatre jeunes hommes dont il veut la peau ! En effet, pourquoi ne pas se venger directement au lieu de jeter en pâture une jeune orpheline qu'il est lui-même capable de manipuler et de transformer en tueuse efficace ? Par ailleurs, l'entraînement de Veronica repose en grande partie sur des explications floues ou grossières qui trahissent le manque de créativité du scénario.

L'autre gros problème du film, c'est que ça risque de décevoir plusieurs attentes possibles. Si on espère un film de castagne, on est forcément déçu car les bagarres, qui arrivent tardivement, sont expédiées et sans saveur. Si on souhaite ressentir un minimum de frissons, de suspense voire d'horreur, c'est râpé, car le réalisateur n'a guère exploré ce chemin-là et s'avère plutôt inefficace lorsqu'il s'oriente légèrement de ce côté. Et si on s'attend à un message féministe, on se heurte clairement à une fausse piste puisque ce potentiel n'est que marginalement exploité (dommage, par exemple, de ne pas avoir mieux utilisé l'émancipation possible de Jenny) et on peut même regretter que Veronica ne soit en fait qu'un instrument de combat fabriqué et manipulé par un homme – on pouvait donc rêver mieux en termes de féminisme !

Pour autant, "Final Girl" n'est pas dénué d'intérêt ni de qualités. L'interprétation est plutôt bonne dans l'ensemble. Si les personnages sont généralement mal présentés et si certains manquent de charisme ou d'efficacité (Shane n'est pas pleinement exploité et William est trop froid), d'autres ont des failles que leurs interprètes font bien ressortir. Alexander Ludwig excelle en mec macho et sûr de lui, retrouvant finalement son personnage de "Hunger Games" dans une version bien plus sadique. Logan Huffman (seulement connu par les fans du reboot de la série "V") s'en donne à cœur joie dans le rôle le plus déglingué du film. Et Abigail Breslin, qui a bien grandi depuis "Little Miss Sunshine", offre une composition de haute qualité, dans un rôle où elle joue habilement les fausses cruches, même si on la sent un peu empotée dans certaines scènes d'action.

Quant à la réalisation, même si elle procure un suspense limité, elle parvient tout de même à instaurer une atmosphère assez pesante, avec une tension crescendo et une musique de fond omniprésente. La photo, à l'artificialité assumée, joue avantageusement avec certains codes (le rouge vif, symbole de désir, fait de Veronica un Chaperon rouge moderne) et avec une délicieuse ambiance rétro. Elle offre surtout, dans les bois, des contrastes marqués qui font ressortir de magnifiques silhouettes façon théâtre d'ombres. On voit là le talent visuel de Tyler Shields, photographe qui fait ici ses débuts comme réalisateur. Du coup, l'ensemble a un goût de conte inabouti qui apporte la preuve qu'un talent de photographe ne suffit pas à être un bon réalisateur.

Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

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