Parce qu'on en a jamais assez !

FIDELIO, L’ODYSSÉE D'ALICE

Un film de Lucie Borleteau

Prendre le large pour échapper à soi-même

Second dans la marine marchande, Alice dit au revoir à l’homme qu’elle aime pour embarquer sur le « Fidelio » : le navire où, quelques années auparavant, elle fit son apprentissage et connu son premier grand amour…

Silhouette gracile flottant dans une combinaison noire de cambouis, Alice est un bon matelot. Elle sait réparer les pannes, rafistoler les tuyaux et détecter les anomalies. Comme ses collègues masculins elle collectionne, d’escale en escale, les aventures d’un soir et parle aisément de ses prouesses sexuelles autour d’une bière. Pourtant, quand Alice embarque sur le  « Fidelio » les choses sont un peu différentes. Elle laisse à terre Félix, dont elle est très amoureuse, et retrouve sur le bateau Gaël, l’homme qu’elle a tant aimé lors de sa première mission sur un cargo. Les anciens amants se taquinent, se cherchent pour retomber passionnément dans les bras l’un de l’autre, une fois passé Gibraltar.

L’océan, dangereux et affranchi de toutes obligations, permet à chacun de mettre sa vie terrestre entre parenthèses. Il laisse libre cours à leurs désirs, mais le plus souvent la solitude impose à chacun de se retrouver face à lui-même. Une atmosphère singulière révélée justement et sans emphases par Lucie Borteleau, pour ne pas soumettre son héroïne à une trop grande amplitude de sentiments. Elle oppose ainsi la jeunesse et l’optimisme d’Alice à la tristesse de LeGall, un marin mort en mer juste avant son arrivée et dont la jeune fille découvre le journal intime. Souffrant de n’avoir jamais aimé, l’homme, trahi par un cœur qui n’aura jamais servi, préférera être immergé dans l’océan plutôt que d’être inhumé à terre.

« Ses zones d’ombres m’ont permis de faire la lumière sur ma propre vie » conclura Alice après avoir tourné la dernière page du journal. Effectivement, comme lui, elle préfère la liberté du grand large à la promiscuité terrestre. Pour fuir le bonheur de peur qu’il ne se sauve, elle abandonne presque sourire aux lèvres Félix et sa famille aimante pour répondre au pied levé à chaque opportunité de mission. Alice est entière et profite des moments comme ils se présentent, sans arrogance ni mépris. En résulte un portrait profondément attachant d’une jeune femme qui vit ses amours de la plus belle façon qui soit, c’est à dire sans se poser de questions. Le film glisse ainsi fluide et limpide, offrant aux spectateurs une très jolie réflexion sur les sentiments, dans un univers insolite qui s’impose quelques règles pour ne pas divaguer au gré du vent. Fascinant !

Gaëlle BouchéEnvoyer un message au rédacteur

Laisser un commentaire