FIDAÏ

Un film de Damien Ounouri

Un véritable gâchis

Le réalisateur reconstitue la vie de son grand oncle, ancien s de choc durant la guerre d'Algérie. Avec lui il revient dans les lieux qui ont fait de lui ce qu'il est maintenant. Entre Algérie et France, le portrait d'un homme singulier...

« Fidaï » est un documentaire revenant sur le témoignage d'un ancien guerrier de choc du FLN durant la guerre d'Algérie. Ces jeunes hommes volontaires n'hésitaient pas alors à assassiner presque aveuglément les cibles que l'on désignait pour eux, et ce jusque sur le sol français. C'est d'ailleurs suite au meurtre d'un patron de café marocain considéré comme un traître par le FLN que Mohamed El Hadi Benadouda s'est retrouvé derrière les barreaux d'une prison parisienne. Depuis, 50 ans ont passés, et de nouvelles générations sont venus apaiser les tensions fortes entre les deux pays. Parmi la dernière génération on retrouve le réalisateur Damien Ounouri qui a décidé de faire acte de mémoire en mettant en image l'histoire du protagoniste de « Fidaï » qui n'est autre que son grand oncle.

Ayant grandi en France, le jeune documentariste représente cette vague générationnelle qui souhaite comprendre et qui n'a plus peur de poser les questions. Car, en effet, par ce film, c'est un véritable secret de famille que révèle Mohamed El Hadi Benadouda. Par ce film, il brise la loi du silence qui était en place depuis près de 50 ans. Mais comme si son grand oncle s'était rendu compte que le temps de parler était venu, il ne cache rien aux spectateurs et se livre entièrement sur les faits, les émotions ressenties au moment de ces actes et celles qu'il ressent en revivant ces instants de passé qu'il avait enfoui dans un coin de mémoire. Autant dire que l'histoire intrigue, mais qu'il est aussi bien dommage que les choix de mise en scène et de montage ne relèvent pas de la même sobriété que celle du protagoniste...

Effectivement, la démarche du réalisateur est étrange. On peut comprendre l'idée de reconstituer les événements de l'époque pour remettre en situation son grand oncle et lui remémorer de manière un peu violente mais réelle les actes qui furent les siens. Par contre, le fait que ce soit le documentariste lui-même qui interprète tous les autres personnages a quelque chose de risible. La complicité entre les deux a pu permettre à Mohamed El Hadi Benadouda de jouer le jeu, mais elle décrédibilise le sens de ce qu'ils rejouent. De plus, pour une raison inconnue Damien Ounouri a fait le choix de laisser au montage des morceaux de films qui montrent l'installation de la mise en scène. Ces moments tiennent alors plus du making-of que du documentaire, alors qu'ils n'apportent absolument aucun élément à l'intrigue et marquent une fois de plus la présence excessive du jeune réalisateur dans son processus de mémoire.

Et cela, sans compter les vidéos de ses premières vacances en Algérie chez son grand oncle qui s'immiscent ici sans trop de raisons apparentes et qui nous coupent une fois de plus du récit principal. À la fin du film on a alors le sentiment frustrant d'avoir été obligé de faire un tri dans tout ce que l'on vient de voir pour comprendre l'histoire si particulière de cet ancien Fidaï. Une histoire qui s'est retrouvée noyée dans un excès d'images mal venues, qui au final desservent l'ensemble d'un film, qui aurait pu nous livrer un bout d'Histoire important pour les jeunes générations...

Quentin ChirolEnvoyer un message au rédacteur

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