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FÉLICITÉ

Un film de Alain Gomis

Malgré rythme et générosité, un parcours du combattant devenu monnaie courante cinématographique

Félicité chante pour les hommes le soir dans un bar de Kinshasa. Après quelques verres, parfois elle ramène un homme chez elle. Lorsque que son fils de 14 ans est victime d’un accident de moto, elle va remuer ciel et terre pour trouver l’argent pour son opération...

À voir le nouveau film d'Alain Gomis (auteur des très beaux "Andalucia" et "Aujourd'hui") on pourrait croire à un scénario ou une mise en scène des frères Dardenne ou de Brillante Mendoza. Une caméra à l'épaule collant à un personnage suivant un véritable chemin de croix pour trouver l'argent et payer l'opération de son fils accidenté, cela rappelle forcément des choses. Du parcours de l'héroïne de "Ma'Rosa", à celui de la grand mère dans "Lola", il y a du Brillante Mendoza dans l’air. De celui de l'héroïne du "Silence de Lorna" à celui d'une Marion Cotillard cherchant à garder son travail dans "Deux jours une nuit", il y a aussi du Dardenne là-dessous.

L’auteur installe certes une ambiance toute particulière lors des premières scènes de fêtes nocturnes, posant par là le contexte dans lequel évolue son héroïne, partageuse en amour mais fière face au monde. Le problème est qu'au delà de cette première fête copieusement arrosée, dans un bar où se produit Félicité, Alain Gomis ne parvient jamais à maintenir la moindre tension, malgré la description d’un Kinshasa fiévreuse. Instaurant une parabole répétitive sur la pièce de frigo qu'il faut réparer, comme la jambe de son fils ou le courage de cette femme, le scénario s'installe dans une trame plus que convenue, si ce n'est qu'elle prend place en République démocratique du Congo.

Et malgré l'interprétation frontale et imposante de Véro Tshanda Beya, troublante de persévérance et incarnant avec ferveur un mélange d’instinct maternel et de perdition assumée, le film perd peu à peu son intérêt initial. Récit d’un contexte social où l’entraide n’est pas forcément au rendez-vous, où le jugement reste facile, "Félicité" est aussi l’histoire d’un devoir inconditionnel et d’un amour naissant dans le respect et la combativité.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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