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LA FAMILLE BÉLIER

Avec

LA comédie française de l'année

Paula, lycéenne, vit à la ferme avec ses parents et son frère, tous les trois sourds-muets. Elle s'occupe des contacts avec la banque et d'autres tâches administratives, tout en tâchant d'être une ado comme les autres. En début d'année scolaire, espérant se rapprocher d'un garçon qu'elle admire, elle choisit la même option que lui : la chorale. Son professeur va déceler en elle un certain don pour le chant, qu'elle a du mal à prendre au sérieux...

On l'attendait et elle est enfin arrivée. Ce n'est qu'en ce mois de décembre que sortira LA grande comédie française de cette année 2014, à des années lumières du tout venant dont nous avons été abreuvé, et un cran nettement au dessus des quelques rares bonnes surprises qu'il nous a été donné de voir (« Babysitting », « Elle l'adore »). Originale, enjouée, positive, rafraîchissante, et surtout très drôle, « La famille Bélier » offre de nombreux fou-rires et invite à quelques larmes sur le mode « envol du nid » annoncé. L'héroïne se cherchant un destin d'adulte entre un professeur qui la pousse, un garçon qui l'attire mais semble la mépriser, et une famille qui ne voit pas très bien comment elle pourrait s'en sortir sans elle.

Avec des idées en apparence saugrenues (l'envie du père de se présenter aux élections face à un maire que tout le monde déteste...) et une symbolique forte de ce qui éloigne progressivement la fille de ses parents (l'appel de la ville, le chant... qu'ils ne peuvent pas apprécier), le film pose cette famille de sourds-muets en clan autonome, surprotecteur mais farouchement humain. François Damiens et Karin Viard s'en donnent à cœur joie, usant de la langue des signes, accompagnant leurs gestes par des mouvements amples ou plus resserrés, selon le caractère de chacun. Complices en diable, ils donnent à voir l'absence de filtre qui caractérise parfois la relation des sourds-muets au monde qui les entoure et aux autres (bruits indiscrets, franchise déroutante et démonstrations excessives...).

Quant à celle qui est au centre du film, Louane Emera, tout droit sortie de The Voice, elle impressionne dans ce qui est son tout premier rôle au cinéma. Jouant les traductrices entre ses parents et les autres (au marché, avec son camarade un peu déboussolé, ou lors de la fameuse scène de l'interview télé...). Signant en même temps qu'elle parle ou qu'elle chante, elle incarne à merveille les hésitations de l'adolescence, entre peur de décevoir et désir d'indépendance. Coachée par un Eric Elmosnino remonté comme un coucou, en professeur de musique écœuré et cynique, fan de Michel Sardou, elle donne une vraie âme à cette comédie chaleureuse, et nous fait oublier les quelques excès de symbolique liées aux chansons, pour finalement nous émouvoir.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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