Parce qu'on en a jamais assez !

EYJAFJALLAJÖKULL

Un film de Alexandre Coffre

Eyjabonekomédy !

Alain et Valérie se vouent une détestation sans limite depuis leur divorce. Il n’empêche qu’ils se retrouvent dans le même avion à destination de la Grèce, afin de se rendre au mariage imminent de leur fille. Mais à cause de l’éruption du volcan islandais Eyjafjallajökull, l’avion se voit obligé d’atterrir loin de leur destination, les contraignant ainsi à prendre la route ensemble à travers une bonne partie de l’Europe. Le voyage ne va pas être des plus faciles !

Le titre du film incite d’emblée à la méfiance : en plus d’avoir trouvé un super moyen de gagner sans problème au Scrabble, aurait-t-on enfin trouvé l’astuce marketing la plus roublarde de la décennie, consistant à jouer sur l’imprononçabilité d’un titre comme seul argument de vente ? Il fallait bien ça pour attirer le chaland vers une comédie française, sans doute LE genre qui prend depuis trop longtemps son pied à se tirer une balle dedans, mais au vu d’un résultat étonnamment réussi et drôle, on laisse tomber ce petit débat. La réussite d’"Eyjafjallajökull" tient finalement à peu de choses : un tandem de stars bankable qui prennent leur travail au sérieux sans donner l’impression de faire du surplace pantouflard en attendant leur chèque, une situation de départ prétexte à une enfilade non-stop de situations hilarantes, et surtout, un scénario qui fonce pied au plancher avec la méchanceté comme seul bagage. Et dans ce domaine précis, même s’il ne développe pas une maîtrise équivalente à celle de nos voisins d’outre-Atlantique (faut quand même pas déconner), Alexandre Coffre parvient à maintenir un rythme parfaitement dosé jusqu’à la fin.

Au sein de ce road movie riche en chamailleries et en mesquineries en tous genres, le piège le plus délicat aurait été de se livrer au stéréotypage européen, enchaînant les clichés sur les coins de l’Europe visités par le tandem vedette. Un problème ici contourné par un récit qui se focalise exclusivement sur l’énergie et la confrontation de ses deux protagonistes, tout en prenant soin d’intensifier la méchanceté de leurs échanges lorsque la situation tend à s’adoucir. Si tout sonne juste, y compris les quelques effets de slapstick et les quelques déviations de récit qui lorgnent vers le décalage barré (voir l’apparition hilarante de Denis Ménochet), c’est parce que Coffre et son équipe font preuve de précision dans la mise en scène, toute entière au service de la mise en valeur de galères en file indienne et toujours traitées au premier degré, même lorsqu’il s’agit de rendre hilarante une partie de barbichette entre deux divorcés qui ne peuvent pas se saquer. Rien de révolutionnaire en soi, juste une modestie qui fait plaisir à voir et qui tranche avec le ventre mou de la plupart des comédies hexagonales.

On ne le niera pas, les deux acteurs sont pour beaucoup dans la réussite modeste du projet. Malgré un statut de « tête de turc nationale » qui continue de lui coller à la peau depuis le triomphe de "Bienvenue chez les Ch’tis" (faut dire que son jeu lunatique à la Bourvil a fait faillite depuis longtemps), Dany Boon se révèle infiniment plus à l’aise dans cet espèce d’entre-deux où le physique benêt peut cacher une certaine propension à la cruauté. Face à lui, ni plus ni moins que la nouvelle tornade de la comédie française : Valérie Bonneton tire une fois de plus profit de ses mimiques élastiques et de ses répliques grinçantes (toutes deux déjà exploitées au summum dans l’excellente série "Fais pas ci, fais pas ça"), amenant ainsi parfois la bagarre des deux héros au niveau d’un cartoon de Tex Avery, et tant mieux si ça fait très mal. Le vrai plaisir de cette comédie, ce n’est que ça : deux cratères d’un même volcan où chacun lâche ses éruptions successives sur l’autre, même si l’on sent que leurs laves respectives finiront par les rapprocher… Finalement, le choix du titre était excellent…

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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