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ESTHER

Un film de Jaume Collet-Serra

Méchante fille

Après avoir perdu l'enfant qu'elle attendait, la fragile Kate voit ressurgir les douloureux souvenirs d'un passé qu'elle préférerait oublier. 
Hantée par des cauchemars récurrents, et décidée à retrouver une vie de couple équilibrée, elle fait le choix, avec son compagnon John, d'adopter un enfant. A l'orphelinat voisin, Kate et John se sentent étrangement attirés par une fillette, Esther...

Ancien clippeur émérite, Jaume Collet-Sera avait su montrer un certain talent dans l’illustration d’une forme d’horreur gothique, faisant du sous-estimé "La Maison de cire" l’un des meilleurs slashers qui soit. Et c’est bien dans la veine de son premier film qu’il s’attaque à cette histoire d’enfant démoniaque. En effet, ce qui frappe de prime abord dans "Esther", c’est son incroyable rigueur formelle, faite de cadrages gothiques parfaitement maîtrisés et d’une photographie crépusculaire plongeant le spectateur au cœur même de son drame sadique, accentuant à l’image le malaise ressenti face au personnage titre, gamine trop parfaite pour être honnête.

Campés par des acteurs impeccables, la sidérante Vera Fermiga en tête, les personnages se débattent ainsi pour survivre au mélodrame familial qui se trame, aveuglent aux agissements contre-nature d’Esther ou exilés par une institution sociale qui refuse d’admettre l’évidence. Rythmé par des scènes de meurtres froides et violentes, "Esther" déroule son ambiance réellement malsaine, déviante même lorsqu’il illustre avec aplomb et voyeurisme la lente destruction psychologique d’une petite fille sourde et muette, jusqu’à un basculement final fortement controversé. Et c’est là que le bât blesse, le traitement gonflé de l’intrigue s’effondrant sur lui-même après un retournement de situation qui annihile purement et simplement tout le malaise accumulé jusque-là, transformant une terrifiante œuvre subversive en shocker banal et routinier. Vraiment dommage.

Frederic WullschlegerEnvoyer un message au rédacteur

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