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EN PLEIN FEU

Un film de Quentin Reynaud

Un survival français incandescent

Alors qu’un incendie dévaste une partie des Landes, Simon et son père Joseph vont devoir se frayer un chemin à travers les flammes pour sortir de ce cauchemar…

En Plein Feu film movie

Pour son deuxième long métrage, Quentin Reynaud retrouve Alex Lutz et troque la sécheresse de la terre battue de "5ème Set" (2021) contre une forêt incendiée des Landes. Premier constat plaisant : le film nous plonge in medias res dans le propos du film. Ici pas de fioritures, de scènes d'expositions longuettes pour présenter les enjeux et les personnages, pas de tunnels de dialogues interminables. Simon (Alex Lutz) se fait réveiller par l'alerte incendie scandée à la radio, va réveiller son père Joseph (impeccable André Dussollier) et prend la route en suivant les instructions de circulation afin d'éviter l'incendie. L'emphase qui est créée avec le spectateur est salutaire, nous nous réveillons comme nos deux héros et tout comme eux, l'urgence de la situation ne nous atteint pas encore. Comme eux, on relativise et on se laisse entraîner sur la route en pensant que tout se passera bien.

Et c'est bien là, la vraie force du film : de s'assumer comme un survival à la française qui lorgne même du côté de l'épouvante sur certains aspects. Avec notamment le feu lui-même, véritable monstre d'abord hors champs qui petit à petit dévore tout jusqu'aux bords du cadre de l'image. Accompagné par le chef opérateur Vincent Mathias (déjà présent sur "5ème Set"), le feu est représenté comme une menace vivante, qui peut surgir à n'importe quel moment et brûler les corps. Quasiment prémonitoire à plusieurs niveaux (les incendies des Landes ont vraiment eu lieu quelques mois après le tournage), le film réussit à capter dans ses plans d'ensemble la menace sourde.

La voiture de Simon prend le chemin indiqué par les gendarmes, la caméra ne suit pas nos héros mais reste à la lisière de la forêt où l'on distingue une épaisse fumée grise et des bruits sourds que l'on jurerait sortis d’un monstre ancestral. Vision de cauchemar lorsque nos deux héros voient d'autres automobilistes courir en feu de part et d'autre de leur voiture. Impuissants, piégés dans leur véhicule au milieu des autres, ils constatent comme nous l'horreur de la situation. Cette première partie est exemplaire avec un huis clos dans une voiture où la caméra ne se risque à sortir à l'extérieur qu'à de rares instants, pour mieux venir se réfugier dans le cockpit.

C’est aussi dans cette première partie de métrage que l’émotion se fait la plus brute et authentique. Que ce soit lors d'une séquence où père et fils attendent la fin, cachés sous une couverture dans le coffre, ou dans des dialogues épurés et lourds de sens quand notre héros doit faire face à des épreuves faisant écho à son passé. Campé par un Alex Lutz qui prouve une fois de plus qu’il est l’un des meilleurs acteurs de sa génération, il est accompagné d’un André Dussollier, qui certes rejoue le ton qu’on lui affectionne, mais propose une partition tout en retenue, en non-dits, à l’émotion toujours palpable.

Le film laisse notre héros errer seul dans cette forêt en feu lors d’une seconde partie qui opte pour une ambiance où la caméra se pose, entre onirisme et fantastique. Une pluie d'oiseaux morts sur une maison, un arbre à la silhouette inquiétante d’un homme-tronc, une fumée qui se transforme en brouillard épais, où rêves, traumas et réalités se confondent. On appréciera la volonté de ne pas faire dans la redite, d’essayer d’emmener son héros faire face à ses plus grandes peurs, notamment autour de la question du deuil. Les flash-back sont introduits avec efficacité et encore une fois une certaine retenue bienvenue, évitant le pathos.

Malgré une démarche honnête et une ambiance qui lorgne du côté du fantastique, le rythme du film en pâtit. Le temps semble se suspendre et nous paraît parfois un peu long, car tout ceci paraît assez banal finalement (le trauma du héros, sa perte, sa résurrection) et déjà vu. On notera cependant une fin nous procurant une sensation grisante et euphorisante, qui fait penser, autant par le choix des actions, des cadrages et de la bande sonore, au final de "Gravity" d’Alfonso Cuaron (2013). On constate, pour notre plus grand plaisir, que Quentin Reynaud nous propose sa propre version tout feu tout flamme. Plutôt pas mal comme référence pour une pelloche de nos contrées. Un petit pas pour le cinéma en général, mais un grand pas pour l’espoir du cinéma hexagonal.

Germain BrévotEnvoyer un message au rédacteur

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