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EN MAI FAIS CE QU’IL TE PLAIT

Un film de Christian Carion

Un kilomètre à pied, ça use, ça use…

Un Allemand, recherché pour trahison, quitte précipitamment son pays avec son fils à la veille de la seconde guerre mondiale. Il trouve refuge dans le nord de la France et tente, tant bien que mal, de sauver sa couverture de Belge réfugié en France. Sauf qu’il finit par être arrêté et envoyé en prison, laissant son fils auprès de l’institutrice du village. En mai 1940, le maire alerte ses concitoyens de la situation (les Nazis progressent dans notre pays) et les invite à prendre la route vers le sud pour rejoindre Dieppe, encore épargnée par l’occupation…

L’auteur de "Joyeux Noël" rouvre le livre de la guerre 39-45 et se remémore les conséquences pour le peuple français de l’époque : ils ont été des millions à quitter leur foyer et à prendre les routes pour rejoindre des villes épargnées par l’occupation. Carion dédie d’ailleurs son film à sa propre famille, qui a aussi connu cet exode. Le réalisateur fait donc du microcinéma en suivant le destin de petites gens confrontés par ce qui les dépasse : un maire qui assume ses responsabilités, une institutrice qui s’improvise mère, un enfant que son père recherche, etc.

Alors bien sûr, on note aisément le parallèle entre ces familles sur les chemins fuyant la guerre et celles des réfugiés d’aujourd’hui qui font l’actualité brûlante de nos journaux quotidiens. Il n’y a bien que le noir et blanc des documents d’archive d’antan qui les différencie du phénomène actuel. Carion, qui a développé son film bien avant ces migrations de l’est vers l’ouest, a surtout voulu donner vie au cinéma à cette petite page dans l’encyclopédie de l’histoire de la seconde guerre mondiale.

C’est bien tenté mais des gens marchant sur une route, rien de bien cinégénique ! Une fois qu’on les a filmés de côté, de face et de haut, il ne reste plus qu’à trouver quelques anecdotes qui racontent un peu cette vie en groupe. Mais c’est bien maigre pour en faire un film d’au moins 1h30. Comment alors divertir les spectateurs avec cette base historique ? Carion a trouvé la solution en introduisant un récit secondaire qui voit un Allemand s’opposer au régime nazi, trouver refuge dans un petit village français, se faire emprisonner puis aller à la recherche de son fils parti sur les routes avec les autres villageois. C’est d’ailleurs le segment du film le plus réussi, notamment lorsqu’il est accompagné d’un soldat écossais.

Le rythme est alors plus soutenu, le suspense bien présent et le duo germano-écossais fonctionne parfaitement bien. L’excellente prestation des deux comédiens étrangers est à souligner, en particulier celle de Matthew Rhys, cornemuse à l’épaule ! Ça se gâte, en revanche, quand on retourne avec les Français, tant leur partition est redondante et soporifique. Sans compter que l’écriture des rôles créés pour Olivier Gourmet et Mathilde Seigner n’a rien de marquant. Tout juste nous souviendrons-nous de l’institutrice, jouée avec talent par Alice Isaaz, et du drôle de poivrot maladroitement interprété par un Laurent Gerra un peu agaçant…

Loin de la réussite de "Joyeux Noël", ce nouveau film de Christian Carion aura donc le mérite d’avoir cette caution historique qui lui attirera certainement les sorties scolaires pour collégiens. Toutefois, ça ne fait malheureusement pas de lui un grand film sur la seconde guerre mondiale, principalement à cause de son scénario bancal et déséquilibré, d’une interprétation en demi-teinte et d’une réalisation certes loin du tire-larmes mais parfois trop théâtrale pour emporter l’adhésion.

Mathieu PayanEnvoyer un message au rédacteur

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