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EL CIELO ESTÁ ROJO

Un film de Francina Carbonell
Avec

La défaillance de toute une chaîne

A Santiago, au Chili, le 8 décembre 2010, un incendie éclata dans une des tours de la prison Saint Michael. Quelques années plus tard, la justice tente de faire la lumière sur cette nuit où 81 personnes ont trouvé la mort…

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Le documentaire chilien "El Cielo esta rojo" s'ouvre et se termine sur un plan montrant une prison surpeuplée. En ouverture, un travelling avant nous fait pénétrer dans une allée, semblable à une rue de marché fort fréquenté, occupée de part et d'autre par des dizaines de prisonniers. En off, s'ouvre un procès, tentant de faire la lumière sur un événement tragique. A la fin, un travelling arrière nous révèle une pièce toute aussi surpeuplée. Et en off, l'énoncé du verdict referme une parenthèse, laissant un goût amer au spectateur, seul face à l'écran et à la mise en cause d’un dernier maillon impuissant : la justice.

Car dans ce documentaire, habile montage d'images de vidéo-surveillance, d'enregistrements sonores, de reconstitutions judiciaires, de documents consignés, de photos, ou de vidéos de smart-phones prises par des extérieurs, c'est bel et bien toute la chaîne carcérale et de secours qui est montrée comme défaillante. Passant ainsi méthodiquement de l'attitude des gardiens dans le signalement de l'alerte, à l'incapacité de secouristes non formés, puis à l'intervention des pompiers, et au rôle réticent de l'hôpital local, la réalisatrice dénonce non seulement l'impréparation face à ce type d'événement, mais aussi le peu de valeur portée à la vie des prisonniers.

Juxtaposant, au travers d'images saisissantes - malgré parfois leur peu de précisions (des bras dépassant aux fenêtres enfumées, des fumées noires épaisses s'envolant vers le ciel…) -, les cris de détresse ou de douleurs, les appels au secours, à des attitudes attentistes à la limite du supportable (les surveillants observant les écrans, le coup de fil à l’hôpital...), Francina Carbonell construit progressivement un mépris collectif d'où l'humain semble avoir disparu. Elle suggère également avec acuité les pressions internes, étouffant les témoignages spontanés au profit d'un poids hiérarchique et de la sauvegarde des décideurs.

Présenté à la Semaine de la critique du Festival de Berlin 2021, ce documentaire choc interroge sur la responsabilité collective, tout en allégeant certains passages à la limite du supportable, ou impossibles à montrer. Il en va ainsi de l'intervention des pompiers, déferlante d'eau décrite en voix-off par certains et suggérée par des bruits de vagues. Ceci avant que la crue réalité ne reprenne le dessus, des corps étant déplacés ou découverts calcinés, un schéma clinique représentant leur disposition voire leur amoncellement achevant de glacer l’audience. Un film qui résonne au final comme un appel à ce que les choses changent enfin, en témoignant, plus de dix ans après, d'un surpeuplement carcéral qui perdure.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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EL CIELO ESTÁ ROJO – TRAILER SUB ENG from Storyboard Media on Vimeo.

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